J’aime beaucoup le haïku, forme poétique appelée “poésie de l’instant”, surtout parce que c’est assez facile à traduire et parce que le nombre d’interprétations de chaque poème est pratiquement infini. Quand le printemps approche (et vous savez très bien que je suis sensible à la nature :)), j’aime bien m’arrêter pour attraper les premiers rayons de soleil ou pour sentir le vent sur mes joues. Juste avant l’arrivée du printemps astronomique, j’invite mes élèves à sortir de la salle de classe, on met nos manteaux et nos bonnets fatigués par de longs mois d’hiver, et on se promène en scrutant les rues et les passants et en cherchant des choses qu’on peut APERCEVOIR (et non juste VOIR). Le haïku invite à apercevoir, et moi, je vous invite à faire un peu de poésie avec vos élèves.

L’outil que je vous propose, et que j’ai appelé HAIKUTRON pour faire référence à notre Questiotron que vous connaissez peut-être, est assez simple à mettre en place et peut être utilisé de différentes manières, selon vos besoins et votre imagination.

Bien évidemment, au niveau linguistique, je propose ici seulement une des versions possibles de haïku : j’ai choisi délibérément une phrase au passé composé, avec une structure la plus simple possible : sujet, verbe, complément, et avec une courte phrase au présent à la fin.

A partir de la fin du niveau A1

C’est une des activités que j’appelle “créatrices d’ambiance”. D’après certains, elle peut ne servir strictement à rien. Personnellement, je trouve parfois les activités qui ne servent à rien beaucoup plus instructives que celles bien organisées et axées sur un point de grammaire précis. Ici, l’objectif se glisse bien évidemment entre les cartes, mais oubliez-le, laissez-vous porter par le plaisir du moment ;). Préparez les cartes, une grande feuille (A3 minimum, plus grande si votre groupe est nombreux). Annoncez à vos élèves que vous allez faire du haïku pendant les 10 dernières minutes du cours. Selon votre public, vous allez peut-être pouvoir/devoir faire plus d’explications : “Mais c’est quoi, ce AIQ ?!”. Ici, vous trouverez de nombreux exemples et des informations sur cette forme poétique.

Imprimez, découpez les cartes du pdf ci-dessous, et placez-les sur la table face visible : chaque catégorie séparément et dans l’ordre proposé sur la fiche (créez donc quatre nuages de mots allant de gauche à droite).

HAIKUTRON

Faites lire aux élèves toutes les cartes et assurez-vous qu’ils comprennent bien tous les mots.

Composez, en prenant des cartes, un premier haïku, votre propre poème, par exemple :

un son

s’est caché dans ta poche

je connais cette chanson

C’est beau, non ? :)

Ou encore, par exemple (quelque chose de moins évident peut-être) :

un rayon de soleil

a fait un tour dans le dernier métro

la vie continue

Collez votre poème sur la grande feuille de papier. Proposez alors aux élèves de créer leurs propres poèmes en choisissant un élément de chaque nuage. Je pense que c’est mieux pour la communication qu’ils le fassent à deux (qu’ils se mettent d’accord etc.), mais cela peut être mieux pour la qualité des poèmes s’ils le font individuellement. À vous de voir !

Circulez en classe pour voir si les poèmes collent (sic !) – normalement les cartes sont conçues afin que chacune aille bien avec les autres, mais je n’ai pas essayé les 160000 (plus au moins) combinaisons possibles ;) Certaines combinaisons peuvent être drôles, comiques ou absurdes. Mais pourquoi pas ?

Quand les poèmes sont prêts, demandez à chaque élève / binôme de lire sa proposition à haute voix. Ensuite, créez le collage de vos poèmes sur la grande feuille et accrochez-la au mur. Terminez le cours.

Ce qui peut arriver :

1. Il peut ne rien arriver du tout.

2. Les élèves d’autres groupes peuvent lire avec intérêt les poèmes de vos élèves.

3. Au cours suivant, un des élèves peut venir et dire : j’ai créé un autre haïku et le partager avec vous.

4. La création de haïku peut devenir une pratique régulière dans votre classe. Si vous continuez longtemps avec le même groupe, vous pouvez ressortir au bout de six mois vos premiers poèmes et vous amuser à les interpréter. Pour voir comment faire, regardez le paragraphe du dessous.

Les cartes que vous avez utilisées ont, mine de rien, aidé vos fin A1 à ancrer la structure de la phrase française, avec son ordre et son rythme. Ce n’est pas anodin !

Interprétation

En travaillant avec les niveaux plus avancés, vous pouvez vous amuser à demander aux élèves d’analyser et d’interpréter les poèmes des leurs collègues.

Pour ce faire, les élèves répondent aux questions :

  • Quelles ont été les circonstances de la création du poème ?
  • Quelle est la métaphore principale ?
  • Quels sentiments sont exprimés dans le poème ?
  • Est-ce qu’il y a un message caché ? Lequel ?

Vous pouvez faire cette activité oralement ou par écrit.

Variante plus créative

Si vous voyez que vos élèves aiment bien cette activité (certains groupes sont vraiment capables de faire des miracles quand on leur propose de faire de la poésie), essayez une variante plus créative. Vous pouvez agrandir progressivement le niveau des exigences. Comment faire ?

  • Vous pouvez demander aux élèves de créer des cartes d’une colonne. Puis de deux ou de trois.
  • Vous pouvez leur demander de proposer d’autres structures de poèmes (par exemple avec des adverbes, avec des compléments circonstanciels de temps ou de manière…)
  • Vous pouvez faire un concours du meilleur poème.
  • Pour la production plus libre (sans cartes), vous pouvez imposer un décor, un élément ou une structure grammaticale à utiliser.

Je suis sûre que vous aurez vos propres idées pour réaliser cette activité.

Mettez les meilleurs poèmes dans les commentaires.

Bons cours !