Les cours en ligne 2 – Quelques conseils techniques
Nicolas Bragard
21 octobre 2020

Les cours en ligne 2 – Quelques conseils techniques

Suite à l’article de Dorota qui nous donne des conseils avisés pour l’organisation des cours en ligne, j’ai eu l’occasion de réfléchir à ma propre pratique et d’analyser le chemin parcouru, à tâtons, au cours de ces récents mois de confinement. Je me dis alors que, si ce mode d’enseignement nous isole, il ne nous empêche pas pour autant de comparer et de tirer profit de nos expériences à toutes et à tous.

Aussi, ayant réalisé mon premier corona-cours sur un coin de table à repasser avec le réseau 3G de mon téléphone, j’ai heureusement évolué et vous propose à mon tour quelques conseils techniques, glanés çà et là ou découverts sur le tas, pour vous sentir plus à l’aise et à votre avantage lors de vos cours en ligne.

 

Logiciels de visioconférence

La première question que l’on peut se poser est : quelle plateforme utiliser pour les cours en ligne ?

Au début du confinement et dans la confusion générale, j’avais décidé de laisser le choix de la plateforme aux apprenants car certains avaient déjà leurs préférences (au travail, entre amis, pour leur cours d’anglais, etc.). Grossière erreur ! Évidemment, ces avis sont à prendre en compte, mais je me suis vite retrouvé à partager mes journées entre pas moins de cinq plateformes différentes. Ne vous rendez pas la tâche encore plus difficile. Choisissez un logiciel que vous maîtrisez et qui soit facilement accessible pour tout le monde.

La bonne nouvelle ? L’offre est suffisamment vaste pour ne pas avoir besoin d’investir. On constate, certes, une réelle différence de fluidité et de fiabilité entre certaines plateformes mais le plus important, au bout du compte, c’est d’être à l’aise avec leur utilisation. À cet égard, tâchez d’éviter, autant que possible, des plans ou des arrangements compliqués où vous partageriez un compte entre collègues avec une durée précise ou un nombre limité d’intervenants ou de participants par heure, par exemple. Simplifiez-vous la vie. Plus que jamais, visez l’adaptabilité. Plus besoin de se battre pour une salle. Profitons-en !

 

Les supports

Il en va de même pour les supports pédagogiques. Comme expliqué ici, vous pouvez sans mal exploiter les ressources des Zexperts, adaptées ou telles quelles. Si ça ne suffit pas, quelques astuces pourraient également rendre vos cours plus agréables :

  1. Apprivoisez votre plateforme : faites-en l’expérience en tant qu’utilisateur. Testez-la avec des collègues, votre famille, votre chien. Par exemple, si vous vous apercevez lors du partage d’écran que la fenêtre affichant les webcams est située en haut à droite, pensez-y quand vous préparez vos diaporamas et laissez, l’air de rien, un espace libre dans le coin concerné.
  2. Privilégiez un support unique tel qu’un diaporama, surtout en groupe. Vous éviterez ainsi les classiques : « ouvrez la première photo, celle que j’ai envoyée dans le mail de lundi », « attendez, non, je partage mon écran », « regardez le tableau blanc », « je vous envoie le lien vers la vidéo dans le chat mais ne mettez pas les sous-titres maintenant », etc.

Gardons à l’esprit que naviguer confortablement entre les fenêtres et les documents n’est pas évident pour tout le monde, qui plus est en langue étrangère.

  1. Quel que soit le logiciel choisi pour vos diaporamas, visez la simplicité et faites confiance aux styles proposés automatiquement. Vous gagnerez beaucoup de temps et éviterez que des détails de mise en page trop fantaisistes détournent l’attention du contenu et de l’échange. Gardons « Comic sans » et « Papyrus » pour nos emails personnels !
  2. Adoptez le format « paysage » pour profiter pleinement du partage d’écran (à l’image de la gamme 1, 2, 3… ou des sketchnotes, par exemple). Pensez aussi à des outils en ligne comme des dés virtuels ou une « roue de la fortune ». Ils sont facilement accessibles et affichables et peuvent, le plus souvent, être adaptés manuellement à votre groupe pour booster la participation de vos apprenants.
  3. N’allez pas trop vite. Le partage d’écran est ingrat : sur certains appareils, il sera loin d’être aussi fluide que ce que vous visualisez. Il en va de même pour les mouvements de mains trop rapides qui pourront être saccadés si la connexion n’est pas bonne.
  4. Exigez la webcam. Cela peut paraître évident, mais c’est toujours délicat. Il faut néanmoins que ce soit clair dès le début : on doit pouvoir se voir ! Cherchez des moyens d’en jouer, de motiver les participants à se montrer, tels qu’un vote à main levée ou des stratagèmes pas forcément très subtils comme « tous ceux qui sont contre gardent la webcam allumée et justifient, puis c’est au tour de ceux qui sont pour », etc. Variez les plaisirs (et n’hésitez surtout pas à indiquer de meilleures idées en commentaires).
  • Attention : demander d’afficher la webcam est une chose, mais pensez tout de même à respecter la vie privée de vos apprenants. Privilégiez la « copie cachée / Cci » dans vos emails groupés, évitez les captures d’écran ou photos accidentelles si votre logiciel le fait, protégez vos réunions par un mot de passe quand c’est possible, ne permettez pas à quelqu’un d’enregistrer la séance sans le consentement de tous, etc. Cela parait évident ou anodin mais peut être décisif pour certains, notamment pour les plus timides. On entend par ailleurs parfois parler de risques de piratage. Montrez que vous êtes au courant et que vous y faites attention.
  1. N’ayez pas peur de constituer des groupes. Certaines plateformes permettent de subdiviser la classe en sous-groupes, ce qui est génial : je ne peux plus m’en passer ! Si ce n’est pas le cas de la vôtre, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas former d’équipes fictives où chaque apprenant individuel contribue à faire gagner son « équipe » plutôt qu’une autre, ou les encourager à travailler ensemble à la maison et à garder le contact en dehors du cours, dans la limite du raisonnable et en ayant jugé l’ambiance du groupe.

 

Matériel et posture

Là encore, bonne nouvelle : pas besoin d’investir ! Faites-le test et vous verrez toutefois que quelques ajustements très simples vous permettront de paraître plus professionnels et… vivants.

  1. Le son : utilisez le microphone de vos écouteurs ou un microphone sans fil mais proche de vous. Les micros des laptops classiques ne sont résolument pas adaptés à une prise de parole prolongée et captent un champ beaucoup trop large en incluant tous les bruits ambiants. Enregistrez-vous à l’aide du logiciel de votre webcam, faites le test, et vous verrez qu’il est beaucoup plus confortable pour vos apprenants de n’écouter que votre voix et non les sirènes de police, la machine à laver du voisin ou pire : le cliquetis brutal des touches du clavier d’un(e) prof content(e) de faire découvrir avec vigueur une nouvelle expression idiomatique bien longue ! Muselez également vos animaux et enfants, vous écouter doit rester un plaisir pour les apprenants.
  2. L’éclairage : il existe à ce titre des règles de photographie élémentaires qui sont facilement adaptables à notre situation et qui peuvent réellement transformer la manière dont vous vous présentez.
    1. Éclairez-vous en fin de journée : il est facile de se retrouver dans le noir sans le remarquer aux heures clés de fin de journée. Anticipez ! L’énergie du groupe décroit à mesure que la nuit tombe. La dernière chose que les participants veulent voir est donc une tête pixélisée qui flotte au milieu d’un écran ou leur reflet dans vos lunettes.
    2. Évitez à tout prix la lumière qui vient de côté, ou pire : du dessus. Préférez un éclairage diffus issu d’une source placée juste derrière votre écran. Une fenêtre la journée ou une simple lampe en papier blanc ou en plastique feront tout aussi bien l’affaire que du matériel de pros (je pense notamment à cette célèbre lampe suédoise, basique mais parfaite dans cette optique). Encore une fois, faites-le test : observez-vous à l’écran et déplacez votre lampe de bureau de manière à l’avoir en face de vous, dépassant de quelques centimètres au-dessus de l’écran, et vous verrez toutes ces petites rides ou rougeurs disparaitre et vos traits s’adoucir ! Vous le valez bien.
    3. Choisissez une lumière « naturelle ». Tout dépend de vos préférences mais, dans le cas présent, privilégier des lampes blanches ou des ampoules à lumière « froide » permet de réduire l’effet jaunâtre des ampoules plus chaudes sur le teint et d’obtenir une lumière plus naturelle pour éviter d’endormir nos interlocuteurs.
  • En conclusion, plus que l’idée d’être visible pour des raisons pédagogiques évidentes, un bon éclairage vous permet d’inspirer et de déployer de l’énergie en étant, littéralement, plus lumineux.
  1. La position de l’écran des ordinateurs portables : laissez la caméra vous flatter. Pour éviter les doubles mentons impromptus ou les décolletés plus que plongeants, positionnez la caméra à la hauteur de votre regard, quitte à surélever votre laptop d’une bonne quinzaine de centimètres (avec tous ces manuels qu’on ne sait pas où ranger, c’est parfait). Il sera ainsi plus facile de garder l’écran et la webcam droits, parallèles à votre visage, et d’éviter ces déformations… désavantageuses.
  2. Regardez votre caméra, pas l’apprenant. Cela peut paraitre contre-intuitif mais, de la même manière que pour un apprenant en direct dont vous contempleriez le regard et non la bouche, regardez droit devant, dans la caméra. Les participants vous verront ainsi les regarder droit dans les yeux et vous éviterez le strabisme. Gagnant-gagnant.
  3. Ni trop loin, ni trop près ! N’hésitez pas à vous éloigner de votre écran (à une bonne longueur de bras, par exemple) et à vous assurer d’être bien visible dans le cadre de votre webcam avec au moins quelques centimètres au-dessus de la tête et jusqu’au bas des épaules (si vous ne devez repasser votre chemise/ier qu’à un endroit, c’est donc celui-là). Pensez aussi à placer un petit coussin dans votre dos pour vous encourager à vous tenir droit sans y penser.
  4. Portez un pantalon ! Ou une jupe, au choix, mais nous ne sommes jamais à l’abri d’un verre d’eau renversé ou d’un livreur qui sonne à la porte. À moins d’avoir le clic vif, épargnez-vous des moments de solitude. À cet égard, attention également aux miroirs, on ne sait jamais !
  5. Rangez vos arrière-plans. Oui, au pluriel. L’attention des apprenants se portera naturellement sur le moindre détail qui sortirait de l’ordinaire. Il est donc préférable de sortir le linge qui sèche du cadre et de choisir un arrière-plan neutre. Naturellement, les cours en ligne encouragent une relation plus informelle avec et entre les apprenants. Après tout, vous êtes chez eux, ils sont chez vous. Vous pouvez donc, bien sûr, partager un peu plus d’éléments personnels et d’anecdotes que d’habitude, mais tout en trouvant un juste milieu.
  • Il en va ainsi de même pour votre fond d’écran. Je ne dis pas qu’il vous faut afficher les tableaux de conjugaison du subjonctif mais, même si on veut susciter curiosité et intérêt, les photos de plage ou de mojito à côté de la piscine pourront potentiellement distraire certains participants. Pensez aussi à désactiver les notifications automatiques de vos applications de messagerie qui pourraient s’afficher à l’écran. De même, si vous avez comme moi la fâcheuse habitude d’avoir 18 onglets ouverts en même temps, faites le tri ou ouvrez une nouvelle fenêtre dédiée au partage d’écran. Votre onglet Facebook ou Amazon sera en effet la première chose que les apprenants remarqueront et ils risqueraient donc de découvrir une inconcevable vérité : vous êtes humain(e) aussi !

 

J’en oublie sans doute beaucoup et fais donc appel à votre expérience pour étoffer ces quelques humbles conseils. Ils font partie de ces nouvelles compétences qui nous sont tombées dessus du jour au lendemain et qui s’acquièrent avec la pratique, sur le terrain, si je puis dire. Rien ne nous empêche pour autant de nous entraider.

Quelles sont vos nouvelles manières de faire ? Quels sont vos constats ? Vos astuces ? Vos anecdotes ? Parlez-en autour de vous et racontez-nous tout ça dans les commentaires.

Bons cours !

Nicolas Bragard

Nicolas Bragard

Professeur de FLE depuis plusieurs années, j'ai eu l'occasion de travailler dans plusieurs pays et avec des publics très variés. Adapter les contenus à leurs besoins et rendre les apprenants autonomes m'a toujours paru fondamental.

4 Commentaires

  1. Rébecca

    Bonjour,
    Cet article est très intéressant, j’ai appris beaucoup de choses, merci.
    Pourriez-vous donner quelques noms de plateformes qui sont efficaces pour l’enseignement à distance, en particulier celles qui permettent de subdiviser la classe en sous-groupes?
    Merci d’avance!

    • Laura Vazquez

      Bonjour,
      J’utilise ZOOM, il y a partage d’écran, subdivision de la classe, sondage, …
      Mais nous avons pris la partie payante, je ne sais pas ce que propose l’application gratuite

      • Nicolas Bragard

        Bonjour,

        Comme Laura, j’utilise la version payante de ZOOM qui a en effet plein de petites options qui paraissent basiques mais rendent la vie plus facile (intégration dans le calendrier, verrouillage des réunions/salle d’attente, chat sauvegardé automatiquement, partage d’écran très précis, partage du son uniquement, tableau blanc, sondages…). Cela dit, pour les cours individuels, il me semble que la version gratuite est suffisante.

  2. Laura Vazquez

    Merci pour cet article, il y a des choses auxquelles je ne pensais pas, comme pour la luminosité, … maintenant que nous sommes passés à l’heure d’hiver, il va falloir y penser !

    Personnellement j’utilise ZOOM pour faire mes cours en ligne et j’en suis très contente, cette application permets de faire plein de choses. Certaines choses, comme le chat par exemple, sont encore trop difficile dans ma classe, car j’ai des débutants, mais pour tout ce qui est partage d’écran elle est très bien. Ma collègue a testé la fonctionnalité du sondage avec sa classe et au bout d’un moment, lorsque ses apprenants avaient compris, c’était quelque chose de chouette.

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