Didier nous propose une version classe, intelligente et méthodique des œuvres littéraires dédiées aux apprenants. Voici notre test de la collection Mondes en VF.

La littérature d’abord

Les livres dédiés aux apprenants ne sont pas toujours ceux qu’ils préfèrent. Les apprenants (dont je faisais moi-même partie il y a très, très longtemps) les trouvent niais ou enfantins (et dans la plupart des cas… ce n’est pas faux). Les profs choisissent par conséquent de déconseiller cette littérature “appauvrie” et demandent aux étudiants d’attendre d’avoir acquis “un bon B1”, pour attaquer les vrais livres. En attendant, ils lisent “VIVA DECO”, et c’est dommage. Didier nous propose une version classe, intelligente et méthodique des œuvres littéraires dédiés aux apprenants.

 

collection_image_713

La série Mondes en VF se compose actuellement de neuf titres, classés de A2 à B2. J’ai lu et testé “Jus de chaussettes” de Vincent Remède (A2), “Un cerf en automne” d’Eric Lysoe (B1) et “Le cœur à rire et à pleurer” de Maryse Condé (B2). Écrits par de vrais auteurs francophones (c’est à noter, l’étendue est mondiale, et ça bouscule un peu le béret, la baguette et Amélie. Yes ! ) représentent un éventail de styles et de thématiques. On y trouve un roman fantastique, social, un polar, de la littérature contemporaine imprimée du style d’Anna Gavalda ou de Zadie Smith. Les lieux varient aussi, de la Guadeloupe en passant par l’Irlande et la Belgique jusqu’à Paris. Avec les lieux, la langue change pour prendre sa couleur locale, son vocabulaire spécifique et ses tournures caractéristiques. Il est évident par conséquent que ce voyage apporte en douce des connaissances culturelles. Ils sont bien malins, les créateurs du concept des Mondes en VF. Et en plus, et c’est un énorme avantage, le concept se passe d’une pédagogie grossière et scolaire : on lit ces livres en toute innocence et avec un vrai plaisir.

On se met à lire

quitter dakarQuelle est la première impression? Un livre de poche, graphisme  soigné, bon papier, couleurs ravissantes. Un bel objet, qu’on aime mettre dans son sac et lire dans les transports. Un brin de modernité est également possible pour les adeptes du numérique, sous la forme d’une version e-book. Par conséquent, si vous proposez ces ouvrages aux étudiants, ils vont adorer : simple, joli et adaptable à leurs habitudes. Pour un élève ayant acquis le niveau indiqué pour lire le livre la lecture de l’ouvrage entier ne devrait pas prendre plus que quelques jours (j’en ai vu qui ont lu en un week-end). Attention cependant, le niveau indiqué doit être acquis par l’apprenant, sinon la lecture devient trop compliquée. Pour un élève dont le niveau se situe quelque part entre A2 et B1, par exemple, préférez un livre de niveau A2. L’éventail de titres  ne décevra pas les lecteurs acharnés et sera suffisamment intéressant pour ceux qui – disons-le ouvertement – ne lisent pas. Tout le monde s’y retrouve. La langue au niveau A2 ne semble pas du tout appauvrie ou simpliste, l’intrigue n’y perd pas, même si l’auteur ne rentre pas dans l’acrobatie des conditionnels ou des subjonctifs passés.

Le concept de la série fait appel à l’autonomie de l’élève. Des notes de bas de page fournissent l’explication du vocabulaire. Le choix de mots est tout à fait adéquat par rapport au niveau (je cite au hasard: “logiciel”, “médecin légiste”, “biceps” pour A2, “odieuse”, “engloutir”, “glacer les sangs” pour B1, “alambiqué”, “sévice”, “taudis” pour B2). Elles ne sont pas encombrantes  (quatre par page en moyenne ) et épargnent au lecteur un recours répétitif au dictionnaire, ce qui peut tuer la lecture en cassant le rythme du récit. Les explications (tout comme le contexte) sont dans la plupart des cas suffisantes pour éviter la traduction en langue maternelle du lecteur. Ce recours est indispensable seulement pour ceux qui aiment mettre le point sur le “i”. Le livre “Un cerf en automne” (B1) est d’ailleurs muni de quelques pages blanches à la fin, où l’on peut faire des notes.

 

Le lecteur est cependant stimulé tout le temps car les auteurs reviennent sur les mots, les expressions et retravaillent (surtout au niveau A2) un champ lexical bien concret. Ce sont par exemple le crime et l’informatique dans “Jus de chaussettes”, la musique et l’histoire dans “Un cerf en automne”. La mémorisation devient donc plus naturelle, moins forcée. Comme m’a confié une de mes élèves,  pour lire un livre “normal” en français, il n’est pas nécessaire de connaitre tous les mots et le lecteur se contente très souvent de la compréhension générale pour pouvoir suivre l’action. En lisant un des romans de cette série, au contraire, elle avait l’impression que le vocabulaire constituait une partie intégrale de l’intrigue même.  Par conséquent elle se sentait invitée à apprendre et à rester concentrée pour suivre le récit.

Donc on apprend

le coeur a rireEn tant que prof, je suis souvent sollicitée pour conseiller un livre en français à un élève. Avec Les Mondes en VF, j’ai trouvé mon bonheur :) J’ai vu des centaines d’étudiants qui apprenaient le français pour “lire la littérature en version originale”, qui, après deux ans d’apprentissage se ruaient sur les classiques – et tombaient dans une frustration bien évidente au bout de dix pages. Ou d’autres, plus conscients, qui ne voulaient pas flirter avec Flaubert et allaient à la médiathèque pour emprunter des livres pas trop épais mais populaires, qui se faisaient une opinion sur la littérature française “ennuyeuse  et bizarre”. Avec la série Mondes en VF, on évite la frustration et le bof.  Ces livres se tournent vers le lecteur, ils constituent donc un investissement dans sa culture et son intérêt pour la langue écrite.

Et en bonus :

La série  est accompagnée d’un site internet adressé aux lecteurs et aux profs. Vous y trouverez pour chaque livre : – des extraits à écouter gratuitement (et même l’intégralité du livre en fichier mp3 à télécharger gratuitement si vous avez acheté le livre). Un détail sympathique, les livres sont lus par une femme ou par un homme selon le sexe de l’auteur. L’articulation varie selon le niveau, peut-être un peu sèche et scolaire au niveau A2, mais parfaitement satisfaisante pour les niveaux supérieurs. – des infos sur les auteurs : leur biographie et de petits interviews dans lesquels ils racontent leurs manières de travailler ou racontent des anecdotes sur leurs personnages/intrigues qu’ils présentent – des ressources pédagogiques pour animer un atelier d’écriture en classe.   La fiche “Animer un atelier de littérature en classe de FLE” :

à télécharger sur le site comporte des conseils que je trouve très proches de l’approche des Zexperts :…“développer un rapport décomplexé à la langue”, l’écriture devient une activité ludique, le groupe fait un remue-méninges, la correction grammaticale et orthographique ne viennent qu’à la fin. Le principe est là, beaucoup dépend quand même du prof et de la manière de présenter les choses, car les fiches sont assez classiques. Pour “Jus de chaussettes”, on propose aux élèves de rédiger un texte à partir d’une expression imagée, pour “Un cerf en automne” c’est “écrire à partir d’une musique”.

Les idées sont un bon point de départ pour écrire des textes vraiment intéressants, mais il serait peut-être trop osé de penser que les élèves en sont capables sans un autre stimulant que le livre qu’ils viennent de lire. Il suffit de pousser l’idée à l’extrême, en introduisant des jeux comme “Nonsense” ou “Speed dating”, des photos variées, des vidéos en tant que fournisseurs d’idées supplémentaires.

Pour écrire à partir d’une musique j’ai proposé une berceuse turque (au lieu d’un morceau classique qui semblait naturel et contextualisé par rapport au livre). L’effet de surprise a beaucoup joué sur la motivation des apprenants. Une certaine austérité de la fiche est à casser – soyons réalistes, les gens aujourd’hui ont besoin de plusieurs stimulants plus simples que le texte pour déclencher leur créativité et en même temps leur permettre de se lâcher. – finalement, il y a des fiches de vocabulaire et de synthèse prêtes à imprimer (p.ex. les temps du passé, le vocabulaire de l’informatique, décrire un personnage…)

Il faut le dire clairement: les étudiants aiment les fiches, une fois qu’ils ont leur liste de vocabulaire, ils sont satisfaits, profitons-en !

 

Pour conclure:
  • Mondes en VF est une série qui encourage à lire en français
  • l’apprenant peut facilement accéder à la version audio des romans
  • l’apprenant est invité à devenir un lecteur autonome, conscient et quotidien
  • le prof reçoit des fiches synthétiques toutes prêtes et intéressantes à utiliser en classe
  • le concept de la série favorise l’expression écrite et le travail créatif de l’apprenant
  • une grande liberté d’utiliser les textes selon ses idées ou besoins permet de les adapter à de multiples objectifs pédagogiques

 

Cet article est sponsorisé. Ça veut dire quoi ?

Retrouvez des activités encore plus complètes sur La Boutique FLE: des jeux, des fiches prêtes à l’emploi, des actes de paroles, des packs de conversation et bien plus encore…

Ewa Rdzanek

Je suis prof de FLE depuis 2002. Comme je m'ennuie vite, je cherche toujours à rompre la monotonie pendant les cours et j'espère encourager les profs à faire de même, pour plus de joie, de surprises et d'efficacité dans l'apprentissage.

Un mail par jour pour un mois d'inspiration FLE,

pour les fans des Zexperts, et ceux qui les découvrent.

Votre inscription a été prise en compte. A très vite :)