Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les brise-glaces…
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… sans jamais oser le demander.

Le premier cours du semestre se distingue toujours des autres par une fraîcheur inimitable. Vous êtes un peu stressés, la classe aussi, chacun donc essaye de faire preuve d’un maximum d’engagement. C’est aussi le moment où la fameuse “première impression” qui réglera en gros le fonctionnement du groupe tout au long de votre travail ensemble, est ancrée dans votre mémoire et vos émotions.

Je ne sais pas si ça vous est arrivé, mais j’ai eu des situations où, juste après avoir dit “bonjour” à ma nouvelle classe et après avoir entendu la réponse et vu les visages des apprenants, je pouvais me dire: ça va être un franc plaisir, le travail avec ce groupe. Ou : ce sera pas évident. Et j’ai eu raison.

Vous pouvez, et vous le savez, tomber sur des personnes très différentes, extraverties ou renfermées, timides ou exubérantes, plus ou moins fortes en français, plus au moins sérieuses ou bavardes. Vous aussi, vous avez votre propre personnalité et, quel que soit votre professionnalisme, le groupe finira par connaître (un peu) vos points forts et faibles.

Briser la glace entre vous et les apprenants pendant le premier cours est donc crucial. Et vos élèves, quant à eux, sont venus apprendre le français pour des raisons très variées. Ils seront amenés à travailler en paires ou en équipes (surtout si vous utilisez les idées pédagogiques des Zexperts ;) ), ils seront obligés d’exprimer leur opinion, de débattre, ils vont peut-être raconter leurs loisirs, parler de leur logement, leurs vacances, leurs courses, bref, de la vie…

Vous faites donc connaissance pour créer une relation de confiance, pour débloquer dans la mesure du possible chaque personne dès la première rencontre. La convivialité viendra – peut-être – après.

Il y a des milliers d’articles qui expliquent comment briser la glace, et on peut s’y perdre facilement. De manière très très subjective, je vais vous présenter ce qui a très bien marché pour moi, et ce que je déconseille (après avoir testé ou bien réfléchi, bien sûr :) ).

Les brise-glaces recommandés…

Avant tout, une activité brise-glace doit être simple et ne pas demander beaucoup d’explications, surtout au niveau débutant. Oubliez donc tout ce qui est trop recherché ; vos élèves sont suffisamment ravis de pouvoir parler français pour ne pas chercher des activités sublimes ou philosophiques.

Jouer

A partir de A2. On a testé ça pendant les séjours linguistiques, quand on devait faire connaissance avec nos élèves dans des situations moins formelles (comme sur la plage). Au lieu de proposer une activité prévisible, on a tout de suite joué. En rentrant en classe, j’ai voulu voir si cela marcherait aussi. Et oui, j’ai introduit le jeu comme brise-glace pendant mes cours.

Je peux vous suggérer trois jeux qui marchent très bien : ce sont Déclic, Kalifiko et Jungle Speed. Le premier consiste à répondre à différentes questions par VRAI ou FAUX (c’est un jeu de rapidité), le deuxième demande aux joueurs de deviner un objet qu’on qualifie pendant la partie, le troisième est un jeu de rapidité pas du tout linguistique.

Pourquoi je propose de jouer? Parce grâce à ça, on fait réellement quelque chose ensemble ; on n’est pas forcés de se présenter à tour de rôle, en jouant, on EST LA. Un autre atout est que c’est un divertissement qui mine de rien vous donne des infos sur le niveau des apprenants (c’est vrai particulièrement pour Déclic). Ce ne sont pas des jeux créatifs, on ne teste non plus les apprenants sur leur culture générale (chose à éviter). Venez donc en cours, demandez à vos élèves comment ils s’appellent, présentez-vous en trois phrases, et jouez.

Photos

A partir de A2. Mettre sur la table une trentaine de photos variées (de vraies photos découpées dans des magazines) et demander aux élèves d’en choisir trois qui se réfèrent à eux (leur vie professionnelle, leur caractère, leurs loisirs…) Chaque élève présente les photos qu’il a choisies en les commentant, la classe est vivement encouragée à poser des questions supplémentaires. Le prof participe aussi à l’activité comme les autres.

LES ATOUTS : l’apprenant, en sélectionnant des photos pour illustrer sa vie, choisit lui-même les informations qu’il veut donner aux autres. Même avec des personnes très timides, ça marche, parce qu’on peut toujours trouver une photo qui nous rappelle quelque chose.  En plus, des échanges naturels surviennent (“Tu peux me passer cette photo?”, “C’est quoi, ici?”, “Merci” etc.).

La balle

Niveau A1 : Choisissez une balle, pas trop grande, pas trop petite (moi, j’en emprunte une à mes enfants). Sans rien expliquer, jetez la balle à une personne de la classe en disant votre prénom. La personne jette à son tour la balle à quelqu’un d’autre, en disant son prénom… etc. On joue comme ça pendant une minute, puis la balle revient à vous. Vous la jetez à un élève dont vous avez retenu le prénom, en le disant à haute voix. Il/Elle jette la balle à la personne suivante… et ainsi de suite.

Cette activité presque débile est pour moi extrêmement réjouissante : il y a des prénoms que je retiens tout de suite, il y en a que je ne suis pas capable d’apprendre; c’est une occasion magnifique de révéler un peu la personnalité de chacun (essayez d’observer comment les gens réagissent quand ils doivent attraper le ballon…) Tout au début, vous n’avez besoin de rien de plus. (Pour voir quoi faire pendant le tout premier cours, lisez cet article).

On se connaît ?

Comment ne pas vous parler de ce jeu spécialement conçu par Maxime pour briser la glace au niveau A1 ? Le concept très simple permet de faire des suppositions sur les autres personnes du groupe, sans jamais obliger les apprenants à dévoiler si la supposition est juste. Du rire en toute simplicité, et une bonne occasion pour des niveaux A1 de réviser du vocabulaire varié mais très courant.

C’est vrai ou faux?

A partir de fin A1. Demandez à chaque apprenant d’écrire sur un papier quatre affirmations sur lui, dont une n’est pas vraie. L’élève lit les quatre phrases, et la classe devine quel fait est une invention. Simple à expliquer, parfois franchement drôle (en tout cas pour moi). Encouragez les élèves à poser des questions supplémentaires.

Alternative

A1 – A2. Découpez les cartes que vous trouverez sur la fiche ci-dessous et mettez-les sur une pile face cachée sur la table. Toutes les personnes se mettent debout. L’élève le plus jeune pioche une carte et lit l’alternative, par exemple : La mer ou la montagne? Les autres membres du groupe choisissent ce qu’ils préfèrent, en allant à gauche pour la mer, et à droite pour la montagne. Expliquez que ce ne sont que des choix approximatifs. Découvrez comme ça une dizaine de cartes, puis demandez à un(e) volontaire de présenter un(e) membre du groupe avec le maximum d’informations vraies (“Il/Elle préfère la montagne, le chocolat et la télévision”). Une activité inoffensive qui motive à la concentration.

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Les brise-glaces à éviter…

  1. Poser des questions trop intimes. “Tu as des enfants?”, “Tu as une petite amie?”, “Tu es croyant(e)?”. Vous le savez très bien, mais vos élèves pas forcément. Je vous mets donc en garde devant toute activité du genre “Inventez 10 questions pour faire un interview avec votre collègue.” Certains élèves savent sans aucun doute respecter certaines limites, d’autres pas. S’ils tombent sur un sujet délicat pour leur interlocuteur, la première impression restera acide (pour ne pas dire pourrie).
  2. Poser des questions trop banales (plat favori, couleur favorite, si tu étais un animal, tu serais…). Une activité inutile, ennuyeuse, qui peut suggérer que vous n’êtes pas trop motivé(e).
  3. Toute activité qui demande de dresser des listes : des adjectifs pour décrire sa personnalité, des choses qu’on aime, des “mots qui me décrivent”. C’est mécanique, les gens ne disent pas la vérité et on retient rarement les informations obtenues de cette manière.
  4. Demander de dessiner : Il existe des activités qui demandent de dessiner, par exemple “des symboles de votre personnalité”. Je ne suis absolument pas contre les dessins (je vous y encourage moi-même de temps en temps), mais pas au premier cours. Certains élèves risquent de bloquer et ils seront frustrés ne pouvant pas participer pleinement à l’activité.
  5. Demander de mimer, de faire du théâtre. C’est bien évidemment une des activités que je recommande vivement, mais pas au premier cours. Les gens ne veulent pas passer pour des idiots, et si vous leur demandez de faire des gestes exagérés ou des grimaces quand ils ne se connaissent pas du tout, c’est l’échec garanti (vous par contre, vous devriez mimer et faire des grimaces dès le premier cours, pour donner l’exemple, pour montrer que ça fait partie de la communication… mais donnez au groupe le temps d’assimiler cette vérité.)

 

En espérant que cet article vous sera utile, je vous invite à partager vos idées, vos tours de magie pour briser la glace ou vos difficultés…. Je vous souhaite d’excellents premiers cours, et bon courage pour la suite ! Que la Force soit… ok, c’est bon :)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les brise-glaces…
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Ewa Rdzanek

Je suis diplômée de philologie romane à l’Université de Varsovie, professeure de français avec plus de 10 ans d’expérience. Pour enseigner la langue de spécialité aux élèves de niveau avancé, j’ai créé trois programmes d’auteur : « Droit et affaires », « Les affaires revisitées », « Le français juridique cas par cas ». En développant ma réflexion sur les défis du travail de professeur, j’ai crée en 2011 la formation pour les profs « La créativité en cours de FLE », qui fournit les outils pratiques d’éveil créatif pour tous ceux qui veulent éviter le routine dans la transmission du savoir et dans les contacts avec leurs étudiants. Passionnée d’art, j’anime des ateliers de broderie tout en réalisant mes propres œuvres.

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