Dernièrement, Ewa nous avait pondu un article sur sa première activité en cours de FLE. C’était bien original comme il faut, très Ewa, en fait, comme dirait l’autre. Du coup, et comme je commence un groupe A0 lundi prochain, je me suis dit que j’allais m’y coller à mon tour. Que fais-je pendant un premier cours ?

Note ultérieure : j’ai par la suite proposé une description des cours suivants. Vous pouvez trouver le déroulé ici : FLE A0.

Sur ce coup là, mon approche est très communicative. je dois reconnaitre que je suis assez récalcitrant aux “leçons 0” où on regarde l’alphabet et des photos de la France. J’aime bien commencer directement avec du lourd, et donner aux apprenants la possibilité de s’exprimer simplement, mais vraiment.

Se présenter

Ben oui, pas très original, mais mon premier cours, du moins sur une grosse demi-heure, tourne autour de la présentation de soi. Et je commence donc par me présenter, en donnant des information simples sur moi.

  • Je m’appelle Benoit.
  • J’ai 30 ans (j’écris le chiffre au tableau).
  • J’habite à Varsovie.
  • Je suis professeur de français.
  • Je suis marié (je montre mon alliance).
  • J’ai trois enfants (avec un arbre généalogique au tableau, ça passe sans problème).
  • Je suis français.
  • Je ne suis pas polonais.
  • Je parle français.
  • Je ne parle pas polonais. (C’est pas vrai, mais il faut qu’ils le croient ;) )

Quand j’ai fait mon petit numéro pour expliquer tout ça, ce qui est en fait assez rapide, je pose sur la table des feuilles (format A4 ou A5) avec les phrases que j’ai dites coupées en deux. Exemples :

  • Je m’appelle…
  • …Benoit.
  • J’ai…
  • 30 ans.

Ca fait un joli paquet de feuilles à étaler sur la table et à mélanger. Je cherche alors dans le bazar ainsi formé les cartes “Je m’appelle…” et “…Benoit”, et je leur fais comprendre qu’il faut associer les éléments pour former des phrases.

C’est bien sûr à faire tous ensemble, pour que ceux qui ont déjà quelques connaissances puissent aider ceux qui sont réellement débutants. Il ne m’est jamais arrivé de ne pas avoir au moins deux ou trois personnes dans le groupe qui soient capables de faire ça.

Une fois que l’ensemble est reconstitué, corrigez si nécessaire et laissez le temps de noter les phrases. Il y a en général à ce moment des échanges dans le groupe, pour s’entraider, du genre “euh, attends, ça veut dire quoi ça déjà ?” C’est une bonne chose. Laissez les apprenants s’entraider et n’intervenez que si nécessaire, et si possible toujours en français. A ce niveau, c’est faisable.

Pour l’instant, on a fait un peu de compréhension orale et écrite, on va passer à l’expression orale. L’enjeu est double :

  • aborder le lien entre la graphie et la phonie. C’est un vrai problème pour beaucoup de nos apprenants ici en Pologne, qui sont persuadés que le français se lit de manière complètement arbitraire. Il faut donc passer beaucoup de temps au début à expliquer les combinaisons de lettre (AU, OI, ON…) et les consonnes finales qui ne se prononcent pas.
  • commencer à travailler sur une utilisation intelligente de la langue. Je ne veux pas que les apprenants ne fassent que répéter des phrases, il faut qu’ils les adaptent à leur réalité. Par ailleurs, je considère comme fondamental que les apprenants découvrent qu’en combinant différents éléments simples, on peut dire beaucoup de choses.

Comment je procède :

Je commence par relire chacune des phrases à haute voix, et lentement, pour mettre les gens en confiance. Puis, je demande à une personne qui est à l’aise (on les repère tout de suite) de se présenter en reprenant le même schéma que moi. Rien qu’avec ça, on va découvrir énormément de choses qui sont en général dans les trois ou quatre premières unités des manuels. Ceci va permettre d’étaler l’apprentissage, de revenir par la suite de nombreuses fois sur des choses déjà vues (car reconnaissons le, c’est tout simplement nécessaire : revenir, revenir, et encore revenir.) Par exemple, les apprenants découvrent :

  • j’ai et je suis
  • un premier verbe en ER conjugué avec je
  • la négation
  • l’accord de l’adjectif attribut (je suis polonaisE)
  • je n’ai pas de (d’enfants)
  • quelques chiffres
  • quelques nationalités
  • et surtout, énormément de règles permettant de prononcer correctement ce qui est lu.

Tout cela va vous donner une base commune que tous les apprenants maitrisent, à condition qu’on y revienne quand même souvent pour que ce soit solide, car ce qui est vu au premier cours reste longtemps dans les mémoires. (Si toi aussi tu as été marqué à vie par Uwe qui va à la Schwimbad pendant ton premier cours d’allemand, fais-moi signe, mon frère.) Cela permettra de s’appuyer dessus pour construire de nouvelles connaissances.

Je fais le tour de la classe, pour que chacun puisse s’exprimer. Soit à tour de rôle, soit en utilisant une balle que la personne qui vient de parler lance à la personne qui va devoir s’exprimer. Au fur et à mesure, il y aura de moins en moins de fautes et d’hésitations, mais il y en aura toujours. C’est normal. Chacun doit bien sûr adapter sa nationalité, son âge, les langues qu’il parle, la ville où il habite ou son quartier, s’il est marié ou pas… et donc manipuler pas mal d’éléments simples.

Les nombres

Après ça, ouf, on respire un peu. C’est exigeant pour pas mal d’apprenants. il s’agit donc de continuer à bosser un peu, sans trop en rajouter, sinon ce sera l’explosion. Les nombres sont une très bonnes choses pour cela : les apprenants aiment bien les apprendre en général (c’est concret, précis, et le 90 est légendaire, genre légende urbaine qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur).

Pour cette première fois, je vais en général jusqu’à 12. Très honnêtement, c’est lié au fait que je travaille beaucoup avec Rond Point, et qu’il y a dedans une activité sur l’Eurovision qui nécessite de reconnaitre les chiffres jusqu’à 12. Mon objectif, à travers les nombres (qui sont en fait souvent appris et très peu utilisés proportionnellement au temps qu’on passe à les apprendre) est pour l’instant de travailler la prononciation. Toujours ce lien entre graphie et phonie. J’écris donc les chiffres de 1 à 12 au tableau (en lettres), et je les prononce. Puis je demande à une personne peu à l’aise de relire les chiffres. Puis à une personne suivante. Puis j’efface un chiffre, et je demande à la personne suivante de lire les chiffres, y compris ceux qui sont effacés. Puis je retire un autre chiffre ou deux, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien au tableau.

A ce moment là, si vous poussez le vice, demandez à la personne la plus à l’aise de compter de 12 à 1 avec tous les chiffres effacés. Si elle y arrive, ça lui fera plaisir et elle n’aura pas l’impression d’avoir perdu son temps ;)

Dobble

Enfin, je sors mon Dobble. (Voir la vidéo de présentation avec les exploitations pédagogiques ici). Premier cours, paf, comme ça. Le gros avantage de ce jeu est qu’on pourra encore une fois travailler le lien entre la graphie et la phonie : à chaque fois qu’une personne doit prononcer un mot et qu’elle ne le connait pas, je l’écris au tableau, et je lui demande de le lire. Cela permet de rajouter de nouvelles règles de lecture (AU, AN…) et de re-pratiquer celles qu’on a déjà vu.

Attention, faites bien comprendre à vos apprenants que le plus important dans ce cas n’est pas le vocabulaire, sinon ils risquent de paniquer genre “Ah, mon Dieu, 50 mots à apprendre pour le prochain cours”. Le but n’est pas de maitriser le vocabulaire, mais bien la lecture à voix haute de mots simples.

Et c’est fini

Et voilà, en général, après avoir fait tout ça, on a fini l’heure de cours. Tout ce qui a été vu nécessitera d’être réutilisé de nombreuses fois, mais constitue une bonne base pour de l’expression orale simple. On pourra assez vite rajouter les questions (comment tu t’appelles, où tu habites…) et ainsi découvrir “Tu”, puis des verbes simples en ER, développer les conjugaisons pour présenter une autre personne (“Il/Elle”), et arriver sur les activités quotidiennes au présent, puis au passé-compose pour pouvoir raconter son week-end. Tout un programme, que je suis en revenant en permanence sur ce qui a été déjà abordé, et en faisant en sorte de donner aux apprenants le maximum de temps pour parler.

Et voilà ! Bons premiers cours :)


Benoit Villette

Je suis formateur FLE (Master FLE et PGCE) depuis plus de 10 ans. J’aime l’approche actionelle, l’humour en cours et la nouveauté.

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