Bonjour à tous,

il y a trois semaines, j’ai publié un plan du cours que j’avais prévu de faire avec un groupe d’adultes débutants. C’était notre premier cours. Je vous rassure, tout s’est bien passé, et j’ai suivi le programme que j’avais prévu. C’est un cours que j’ai déjà fait tellement souvent que je me sens vraiment à l’aise. La ballade des profs heureux ;)

Mais voilà, j’ai reçu le tweet suivant de Nourreddine-D, en réponse au tweet de Seb des Agités (si vous voulez être au courant de nos parutions en avant première, c’est lui qu’il faut suivre ;) ) :

Et je me suis dit “banco”. Sur l’internet du World, on trouve pas mal de choses autour du premier cours, mais beaucoup moins pour le deuxième. En plus, comme Maxime m’a dit que mon article était bien parce qu’il donne des petites idées simples et quelques réflexions sur l’apprentissage, je me suis dit que j’allais me motiver, et essayer de vous publier un compte rendu suivi de ce que je fais avec ce groupe. Notez bien le “essayer”, d’accord ? Si ça se réalise, les publications suivantes sur ce thème seront automatiquement sous le tag “mon cours de FLE A0“.

En un mot comme en cent, voici les choses les plus importantes de mon deuxième et troisième cours.

Le deuxième cours

Une des choses importantes pour moi au deuxième cours, c’est d’avoir mémorisé le nom des apprenants. Ici, ils sont 5, c’est possible, même si je n’ai pas une bonne mémoire. Pour m’aider, lors du premier cours, je trace sur un bout de papier un cercle qui représente la table (je mets en général mes apprenants en rond, si possible), et j’inscris les prénoms des gens en fonction de leur position sur la table. Comme il est très rare que les personnes changent de place, pour de mystérieuses raisons, ça aide. Je peux même réviser à la maison, sans avoir besoin de trombinoscope ;)

C’est fondamental pour moi :

  • Ca facilite beaucoup le déroulement des activités (au lieu de dire “toi, la phrase C”, je peux dire “Justyna, la phrase C”, ça évite de montrer du doigt, c’est plus rapide, je peux même le faire pendant que je termine d’écrire un truc au tableau.)
  • Les apprenants se sentent respectés et valorisés : j’ai appris leur prénom, c’est plus agréable que “toi”.

Bref, ça, c’était dans la poche. Dommage, sur cinq apprenants, deux étaient absents. Au deuxième cours, c’est pas bon. mais en entreprise, c’est inévitable.

Il faut anticiper cela et augmenter le temps prévu pour revoir les choses déjà vues en cours, car pour certains, c’est nouveau. Ca tombe bien, je n’avais pas prévues de choses nouvelles ;)

Objectifs : révisions

Et oui, c’est le deuxième cours, et déjà on révise. Par nature, j’ai tendance à aller trop vite, alors je me force à ralentir.  On a donc commencé par refaire un tour de table. Je me suis présenté, et j’ai ensuite demandé à chacun de faire de même. Contrairement au premier cours, ils n’avaient cette fois aucun support visuel pour le faire.

Tout de suite, cela permet de faire remonter des erreurs, des difficultés, notamment dans la phonétique. Les apprenants ont en effet souvent passé un (tout petit) peu de temps à réviser. Du coup, ils ont lu leurs notes, et reviennent à des prononciations barbares. Je prends du temps pour ça.

En cas d’erreur, ma méthode, c’est d’écrire le mot au tableau sans le prononcer, et de regarder la personne en disant “Non. Phonétique ?”. Puis, si la personne ne propose pas une lecture correcte, je regarde le reste de la classe en disant “des propositions ?” Au bout d’un moment, on y arrive. Parfois, il faut découper un peu le mot au tableau, en faisant ressortir les combinaisons de lettres, et en rappelant quelles sont les lettres qui ne se prononcent pas. Il faut répéter, répéter, répéter encore. C’est normal.

Après ça, je pars sur un peu de mathématiques. L’objectif est toujours le même : bien lire. Dans cette situation, je sais qu’ils ont déjà eu quelques cours avec un autre prof avant moi (je ne sais pas pourquoi ils ont changé), du coup, je présuppose qu’ils connaissent les chiffres. On avait déjà été jusqu’à 12. Je fais donc ce que j’appelle un “+2”. J’écris “+2” au tableau, je dis 3 (par exemple), et je lance une balle (accessoire fondamentalissime dans les cours A0) à un apprenant en disant “3+2”. Je montre le “+2” au tableau. En général (et ça a été le cas), l’apprenant comprend ce qu’on lui demande et dit “5”. Puis je lui fais signe de jeter la balle à quelqu’un d’autre, je dis “+2”, et  on continue. Jusqu’à douze, c’est assez rapide.

On peut éventuellement le refaire en partant d’un autre chiffre, ou en faisant un “+3”. C’est hyper simple, ne demande aucune préparation, et ça fait toujours rire les apprenants (dans quelques cours, on fera des “x2”, et là, ça tue, jusqu’au niveau C2 où on fait des “x7” avec des comptables).

Arrivé à 12, je fais signe qu’on m’envoie la balle, et j’écris au tableau, en colonne, les chiffres de 10 à 20 en colonne. A côté de 10, j’écris “dix”, pareil pour onze. Puis je distribue un feutre à chaque apprenant du groupe, et je les envoie au tableau. Oui, tous en même temps. Ils doivent compléter la liste de chiffres. J’ai présupposé qu’ils la connaissaient, et j’ai eu raison. Avec des fautes, bien sûr, mais peu importe, on a corrigé.

Envoyer les apprenants au tableau est à mon avis une super activité. J’en avais déjà parlé ici pour des niveaux plus avancés. Mais attention, je n’envoie jamais les apprenants seuls. C’est hyper gênant, et en cas de faute, c’est la honte, même si vous leur dites que ce n’est pas grave. Par contre, si vous envoyez tout le monde d’un coup, il y a une petite gêne au départ, mais très vite, les apprenants apportent leur pierre à l’édifice. Ici, ils ne sont pas obligés de compléter dans l’ordre, par exemple. Celui qui connait seulement un chiffre (16, par exemple) peut le mettre, et donc participer. Si quelqu’un fait une faute, en général, on ne sait pas qui c’est car personne n’a vu qui a écrit quoi, ça détend. Et des interactions entre apprenants se mettent naturellement en place.

Ca marchera très bien, par la suite, pour réviser les conjugaisons, par exemple : écrivez un infinitif par apprenant au tableau, faites leur comprendre qu’ils doivent écrire la conjugaison complète des verbes, et envoyez les en groupe de 4 à 6. Vous verrez, ça marche à fond.

Encore une fois, on reprend l’orthographe, on vérifie la prononciation, on répète pour la énième fois que O + I se prononce comme dans Benoit, et qu’on ne prononce pas le T final, comme dans Benoit. Bref… et on refait un petit “+2”. Et comme par magie, on dépasse 20 pour aller jusqu’à 29. On n’oublie pas de rappeler que dans 21, il y a “et”, que oui c’est bizarre mais que c’est la vie, et on évite de se focaliser trop là dessus, parce que sinon, on va avoir du mal à avancer

Au départ, il y a un milliard de détails qui peuvent inquiéter vos apprenants, signalez leur les détails, en faisant comprendre que pour l’instant, ce n’est pas fondamental. Quand vous serez tombé 5 fois par hasard sur le même détail, vos apprenants seront plus réceptifs à une explication.

Après ça, on a utilisé un peu le manuel (ben oui quand même). Dans l’unité 1 de Rond Point 1, j’ai pioché les activités orientées sur la prononciation et la lecture. Ca permet de varier les supports, en faisant finalement toujours la même chose. Et voilà, une heure de cours terminée. Je n’ai presque rien apporté de nouveau (on est allé jusqu’à 29 dans les chiffres, c’est tout), mais on a continué à manipuler les outils proposés au premier cours.

Le troisième cours

Là, on pourrait se dire que tout est en place, mais en fait… non ;) Pour l’instant, mes apprenants connaissent encore peu de choses de manière solide. Mais peu à peu, ils commencent à avoir certains éléments qu’ils peuvent utiliser de manière très limitée, mais libre. Je décide de construire là dessus.

C’est pourquoi je commence cette fois encore par la présentation de soi, mais d’une manière plus libre. Je donne une information sur moi. Je dis : “Ok. Une information sur moi. Je m’appelle Benoit.” Puis je lance la balle à quelqu’un, et je dis “et toi ?”.  La personne a répondu. Je dis “Super. Une information sur toi ?” Là, ça ne marche pas à tous les coups, il faut parfois répéter. Si les apprenants s’entraident, laissez faire, c’est bien. La personne donne alors une information sur elle. Je lui fais signe de jeter la balle, et je note “et toi ?” au tableau. Petite nouveauté, pas méchante, mais utile.

Et on tourne comme ça. Chacun répond à la question “et toi ?”, puis donne une informaiton sur lui-même. La différence par rapport à ce qu’on a fait au cours 2, c’est que les apprenants sentent le besoin (ça a vraiment été le cas cette fois) de donner des informations différentes des autres. Du coup, on voit ressortir des choses qu’ils ont été cherché par eux-mêmes au fond de leur mémoire. On a eu des dialogues du genre “j’aime les enfants. Et toi ? J’aime la pizza.”

Ce genre d’échanges est très riche à mon avis, pour deux raisons :

  • montrer aux apprenants qu’ils connaissent des choses et qu’ils peuvent les associer pour produire du sens de manière originale. C’est ce que j’appelle la “compétence combinatoire”, qui est à mon avis fondamentale dans l’apprentissage d’une langue. Les meilleurs apprenants (notamment à l’oral) sont ceux qui sont capables de combiner les éléments qu’ils connaissent plutôt que de considérer chaque élément un à un. C’est en tous cas mon expérience. Et la vôtre ?
  • faire remonter énormément de petits points de grammaire (pas “j’aime des enfants”, mais “j’aime les enfants”) et de points de phonétique (on ne prononce pas le “s” et le “t” dans “les enfants”, mais il y a une liaison. “EN” et “AN” se prononcent de la même manière. Et dans “j’aime”, tu ne prononces pas le “e” final, mais “AI” se prononce comme d’ans “j’ai”.)

Tout ça nous prend un certain temps. On refait ensuite un petit exercice de mathématiques, en “+3” puis en “-2”. Ca ne dure pas longtemps, on révise, c’est sympa.

Et puis on a commencé l’unité 2 de Rond Point 1, nouvelle édition (je précise que je ne reçois pas d’argent pour parler de RP1, c’est juste que je l’utilise et que je l’aime beaucoup). Pour ceux qui ne la connaissent pas, cette unité aborde des choses basiques. En fait, au cours de mes deux premiers cours, j’ai déjà survolé la quasi totalité du contenu “de fond” de l’unité 1 et 2. Mais justement, cette unité va me permettre de revenir dessus en changeant le support et en approfondissant. Comme on a déjà survolé, les apprenants ont en tête des contextes dans lesquels ils ont déjà utilisé ces éléments (par exemple les pronoms toniques toi et moi).  Donc c’est bien. Et en plus, cette unité ajoute une chose très intéressante : “pourquoi tu apprends le français”.

Sur le coup, je ne me prends pas la tête : je suis la méthode. Un petit exercice pour découvrir le vocabulaire…

STOP : si vous n’avez pas été dérangé par la phrase suivante, revenez-y : “un exercice POUR découvrir le vocabulaire”. Dans ce manuel, et j’aime ça, on ne découvre pas le manuel PUIS on fait des exercices. Non, on fait une activité (très simple : ici, il suffit de sélectionner l’image, avec texte associé, qui correspond à la raison pour laquelle j’apprends le français) et en la faisant, on manipule du nouveau vocabulaire. Je suis juste fan de cette approche, qui est pourtant difficile à mettre en place. A ma connaissance, aucun autre manuel n’a été aussi loin dans cette approche, raison pour laquelle RP est déroutant.

… suivi d’un exercice d’écoute : 5 personnes expliquent pourquoi elles apprennent le français. Trois écoutes ont été nécessaires, car il faut attraper les informations au cœur de tirades de quelques secondes. Assez difficile, mais faisable, et authentique.

Pour la correction, voyant que certains apprenants étaient en difficulté, j’ai écrit au tableau les chiffres de 1 à 5, en colonne, j’ai sélectionné l’apprenant qui avait pris le moins de notes, et je lui ai demandé de proposer la correction.

Je lui ai fait comprendre qu’il pouvait commencer par le numéro de son choix. Il a donc commencé par la 4, pour laquelle il avait la bonne réponse. Puis on continue en groupe avec les autres numéros. En faisant ainsi, on élimine les blocages, les humiliations (vous connaissez ce gros blanc quand un apprenant n’a pas la réponse ?) et on voit très bien quelles sont les phrases qui ont le plus posé problème.)

Pour finir, encore une toute petite activité du manuel (associer des images à des mots relativement transparents pour dire à quoi on associe la France), et voilà !

Si ce genre d’article vous intéresse, n’hésitez pas à laisser un commentaire allant dans ce sens. C’est quand même un gros boulot, ce genre d’article, donc si ça n’aide pas, autant que j’écrive sur autre chose ;)

Cet article est basé sur ma pratique qui ne prétend pas être une référence. Mais il peut vous amener à réinterroger ou partager vos pratiques habituelles, ne serait-ce que pour mieux les re-choisir. 


Benoit Villette

Je suis formateur FLE (Master FLE et PGCE) depuis plus de 10 ans. J’aime l’approche actionelle, l’humour en cours et la nouveauté.

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