Revenir en classe après une longue pause
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Aujourd’hui je ne vous présenterai aucune fiche ni aucune idée pédagogique. Je veux juste partager une expérience de retour en classe après une pause plus longue que les vacances. Après la naissance de mon fils, j’ai arrêté les cours en groupe pour un an et demi, tout en gardant des cours particuliers effectués surtout par Skype.

La publication des articles du blog et la production des ressources ont alors été basées sur une longue expérience : en effet, mon disque dur contenait des dizaines de fiches crées pour mes cours précédents que je voulais partager avec vous. J’ai passé du temps à les corriger, polir, enrichir, pour les mettre à votre disposition.

Devant mon ordinateur, je me reposais (ah oui, je l’avoue) des élèves, du rythme des cours, de la correction des tests de fin de semestre, des échanges glauques de la salle des profs à 7h38 du matin au milieu de l’hiver… En octobre, je reviens en classe. Je me sens comme un sportif qui ne s’est pas entraîné depuis un certain temps : dans l’absolu on sait comment il faut faire, mais on craint pour ses possibilités. En fait, je me rends compte à quel point notre métier est exigeant. Juste pour m’amuser, je liste quelques capacités – ou accessoires – qu’il faut (r)éveiller pour pouvoir (re)mettre le pied à l’étrier.

La voix

Normalement, je ne parle pas beaucoup. Ma voix est plutôt petite et je dois faire un vrai effort pour qu’on m’entende bien. Depuis 18 mois je n’étais pas obligée d’utiliser ma “voix de prof”. J’essaie donc de bien respirer (un peu de sport de temps en temps, j’essaie au moins) et de bâiller au maximum, pour ouvrir la gorge. Quand je parle, j’essaie d’imaginer que j’envoie doucement ma voix très très loin devant moi.

L’écriture

Les profs, ça écrit beaucoup à la main. Moi, je tape sur un  clavier de plus en plus rapidement, mais il m’est difficile de me rappeler la dernière fois où je tenais un stylo (surtout avec un petit enfant, on n’écrit pas trop, sauf pour les listes de courses). Je fais donc attention à écrire quelques lignes de n’importe quoi tous les jours. Je dépoussière mon ardoise et je fais quelques dessins schématiques pour voir si je sais encore expliquer du vocabulaire de cette manière. Pour l’instant, je sais parfaitement expliquer “un chat” – même mon fils le reconnaît :)

L’emploi du temps

Ayant tout réglé avec la directrice de l’école, j’apprends que mon emploi du temps doit changer en fonction de la création des groupes. Vous connaissez l’histoire: c’est comme un puzzle. On remet, déplace, choisit, élimine. Vivement la souplesse!

Le bord… euh, le désordre

Mon casier à l’école contient des centaines de photocopies couvertes de poussière. Toutes précieuses (oui, mais enfin…), toutes dignes d’être gardées pour plus tard. Résultat : j’ai des tonnes de papiers que je dois fouiller pour finalement ne pas les utiliser. Il faut faire le ménage. Je dispose tout ça par terre dans ma chambre. Plus de la moitié va finir dans la cheminée, pas mal de pages seront utiles pour mon fils qui apprend à dessiner, je trouve un jeu imprimé en couleurs sur du carton, wow ! et une barre chocolatée périmée derrière les méthodes.

Le chocolat

J’étudie minutieusement le marché du chocolat actuel et je vérifie les horaires d’un kiosque en bas de l’école, pour pouvoir compléter mon stock au cas où. Pendant les cours dans l’après-midi, le chocolat est mon seul sauveur.

Le mug

Je vérifie si le mug avec le logo AC/DC – l’unique, le bien aimé – est toujours là, dans le placard à l’école. Il est là. Je peux reprendre le travail. Il est solide, d’une jolie couleur violette, le thé ou le café y restent longtemps chauds. Je bois beaucoup pendant mes cours, parce que j’ai besoin de beaucoup d’énergie. C’est comme si se faisais du jogging. Heureusement, je ne transpire pas trop ! Pour info: je ne suis pas fan de métal (ce mug traînait dans le placard et personne ne voulait en boire, il a souvent intrigué mes élèves et ça les a poussé à me poser des questions spontanées sur mes goûts. Et c’est ce qu’on veut, non ?)

Mais qu’est-ce que je vais mettre ???

On peut donner des cours sur Skype en pyjama et en chaussettes rouges tricotées par sa tante. Ceci ne s’avère plus pertinent si l’on débarque en classe. Je scrute attentivement mon armoire pour trouver des vêtements, comment dirais-je… consensuels. Surtout pour le premier cours, où la première impression est si importante. Des vêtements confortables en même temps, ceci est pour moi essentiel. Je choisis une tenue décontractée (pas de collant fin, pas de chemise bien repassée), parce que j’ai l’habitue de m’asseoir sur ma table en expliquant la grammaire et en général je suis assez cool (mais pas au point d’enlever mes chaussures en cours, ce que j’ai en l’occasion d’observer dernièrement avec une grande surprise). Je bouge beaucoup en classe, je choisis donc un pantalon, parfois il faut faire de gros pas au-dessus des sacs posés par terre.

Un peu de concentration

Les 15 minutes avant le début du cours sont pour moi – un peu – sacrées. C’est le moment de la concentration maximale. Le plus souvent, elle consiste à ranger les supports, à chercher un stylo qui était là tout à l’heure, à inventer des activités de dernière minute ou à découper frénétiquement des petits papiers pour la boîte à mots… Dans la mesure du possible, je préfère rester seule en classe. Je mets de temps en temps un peu de musique, parce que ça me détend, fait rêver, inspire.

La préparation

Je feuillette la méthode,heureusement je l’aime bien. Ouf, il y a pas mal de points à aborder et je n’ai que 45 heures. En regardant rapidement, je sais déjà ce que je NE VAIS PAS faire. Je connais des personnes qui sont capables de planifier tout un semestre point par point et puis de réaliser minutieusement leur plan. Ce n’est pas moi. Je suis plus désordonnée, ou spontanée (ce qui a ses bons et mauvais côtés…). Certains sujets, je les attends avec impatience, mais il y en a qui m’ennuient avant même de les aborder. Je me motive pour ne pas trop montrer aux élèves ce que je n’aime pas expliquer ou pratiquer (avez-vous des sujets comme ça ?).

L’oubli

J’ai probablement oublié quelque chose en dressant cette liste. Mais c’est moi, j’oublie des choses. J’oublie (pas régulièrement, bien sûr) d’apporter les copies, j’oublie l’activité préparée la veille pendant deux heures, j’oublie les prénoms de élèves. Le perfectionnisme n’est pas trop ancré dans ma nature – un fait qu’apprécient certains de mes étudiants.

Et vous savez quoi ? Même si tout au long de ma “carrière” professionnelle j’ai frôlé plusieurs fois le burn-out et si j’ai eu de vrais moments de doute, je suis très très contente de revenir… me confronter aux gens et à moi-même. J’aime les défis et les petits charmes de la vie ACTIVE de prof. Et vous, qu’est-ce que vous aimez dans ce métier?

Revenir en classe après une longue pause
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Ewa Rdzanek

Je suis diplômée de philologie romane à l’Université de Varsovie, professeure de français avec plus de 10 ans d’expérience. Pour enseigner la langue de spécialité aux élèves de niveau avancé, j’ai créé trois programmes d’auteur : « Droit et affaires », « Les affaires revisitées », « Le français juridique cas par cas ». En développant ma réflexion sur les défis du travail de professeur, j’ai crée en 2011 la formation pour les profs « La créativité en cours de FLE », qui fournit les outils pratiques d’éveil créatif pour tous ceux qui veulent éviter le routine dans la transmission du savoir et dans les contacts avec leurs étudiants. Passionnée d’art, j’anime des ateliers de broderie tout en réalisant mes propres œuvres.

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