Pourquoi apprenez-vous le français ?

Je suppose que pendant le premier contact avec vos apprenants vous posez les questions : « Comment vous vous appelez ?», « Vous habitez où ? », « Qu’est-ce qui vous intéresse ? ». Mais il y a une autre question qui est cruciale pour vous et pour vos apprenants : « Pourquoi apprenez-vous le français ? ».

Si vous pensez que la réponse à cette question est banale et univoque, vous avez tort. C’est une des questions les plus difficiles même si votre apprenant peut vous répondre automatiquement « pour le travail », « parce que c’est une belle langue », etc. Il faut se pencher sur la réponse à cette question pour bien orienter l’apprentissage et l’enseignement. Je voudrais vous expliquer pourquoi cette question est tellement difficile et tellement importante.

La motivation de l’apprenant

Dans presque tous les manuels de FLE, il y a une section consacrée à la motivation. On se sert de ce contexte pour pratiquer la question « pourquoi ? » et la réponse « parce que/pour ». Mais en utilisant le schéma proposé, nous le simplifions trop. N’oublions pas que cette question peut nous inspirer nous, en tant que profs, mais peut aussi inspirer l’apprenant.

Si l’apprenant est conscient de ses objectifs et de ses motivations, il peut facilement visualiser ce qu’il veut atteindre et ça, c’est extrêmement important. Ce savoir permet aux apprenants de garder leur motivation sur le long terme et pas uniquement aujourd’hui et dans un mois.

Imaginons que l’apprenant vous réponde : « j’apprends le français pour mon travail ». Ok, très bien, mais concrètement ? Est-ce qu’il a besoin d’échanger des mails avec ses clients francophones ? Ou peut-être doit-il être préparé à faire une présentation orale devant un grand public international en France ? Ou encore va-t-il être muté en France et doit savoir communiquer au travail mais aussi connaître le contexte culturel de son nouveau lieu de vie ?

Comme vous le voyez bien, chaque cas exige différents types de compétences. Il faut mettre l’accent sur différents aspects de la langue. Je ne dis pas ici qu’il faut négliger certaines compétences pour développer les autres, mais tout simplement se concentrer sur la vraie motivation de notre apprenant.

Ainsi, si notre apprenant a besoin d’écrire des courriers électroniques à ses clients, peut-être est-il moins important de parler de la météo et de lire des textes sur l’inégalité entre les hommes et les femmes pendant la leçon. Il faut par contre qu’il soit capable de rédiger des mails sans fautes d’orthographe, de grammaire et qu’il connaisse différentes formules de politesse.

Préciser les motivations

Autrement dit, ce qu’on fait et comment on veut le faire doit être impérativement cohérent avec notre objectif ! Pour vous aider à découvrir les motivations de vos apprenants je vous propose une fiche grâce à laquelle l’apprenant va réfléchir aux raisons de son apprentissage. L’idéal serait que l’apprenant la remplisse tranquillement à la maison. Mais soyez sûr qu’il vous la rende ;) ! Je vous propose aussi de traduire cette fiche pour que la langue française ne soit pas une barrière dans le processus de découverte. Vous pouvez donc accéder à la fiche au format .docx ici.

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Et après ?

Et maintenant, il faut se poser la question « pourquoi ai-je, en tant que prof, besoin de ces informations ? ». J’en ai principalement besoin pour mieux répondre aux besoins de mon apprenant. Je pourrai ainsi mieux me préparer à la leçon, les exercices seront adaptés… l’apprenant sera donc plus motivé. L’avantage au niveau de l’apprentissage est évident. Et si, en plus, vous êtes un prof de FLE indépendant, n’oubliez pas qu’un apprenant satisfait est aussi un apprenant qui vous recommande à ses amis ou collègues. De plus, l’apprenant qui fait ce dont il a besoin est un apprenant avec qui le travail est plus agréable ! Et il ne faut pas oublier que notre satisfaction professionnelle dépend aussi de l’atmosphère pendant le cours et des relations avec notre apprenant.

Bien sûr, n’oubliez pas que l’apprenant a des besoins ressentis (ce dont il pense avoir besoin), des besoins exprimés (ceux qu’il met sur la fiche et qui peuvent être différents de ce dont il pense réellement avoir besoin), et des besoins réels (ce dont il aura réellement besoin pour répondre aux situations qui l’attendent).

Votre expérience peut vous aider à faire le tri, et à travailler sur les besoins réels de l’apprenant.

Soyez bien attentifs à l’écart qui peut se créer entre le besoin réel et le besoin ressenti, et n’hésitez pas à en discuter avec vos apprenants (“non, je ne te demande pas de faire 150 exercices de grammaire, parce que faire 150 exercices de grammaire par jour n’est peut-être pas le meilleur moyen d’arriver à lire la presse, même si c’est vrai que la grammaire est importante…”).

Bien sûr, ces méthodes s’appliquent plus facilement à un travail en cours particulier. Il est assez facile de  proposer à l’apprenant seul un programme « sur mesure ». Dans un groupe de 30 personnes, c’est beaucoup plus difficile, pour ne pas dire impossible. Je vous encourage quand même à essayer de sonder les motivations de vos élèves, même dans un grand groupe, et de les encourager à apprendre par de petits gestes comme l’individualisation des sujets de rédactions ou un petit texte supplémentaire à lire à la maison sur un sujet qui intéresse particulièrement tel ou tel apprenant. Ainsi, vous pouvez « former » un futur fan de la langue française qui ne sera pas dans votre groupe uniquement pour satisfaire ses parents ou valider son année à l’université. Et croyez-moi, ça donne une grande satisfaction !

Bon courage à tous !


Dorota

Je suis prof de français dans une école à Varsovie. J’y teste mes nouvelles idées et méthodes d'enseignement. J’adore encourager mes apprenants à parler en créant une ambiance favorable aux échanges.

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