Cet article accompagne une vidéo d’Espace Formations FLE, un espace de formation continue pour profs de FLE animé par Les Zexperts FLE et l’Institut Français de Pologne.

Comment encourager l’apprentissage collaboratif ?

Le travail en groupe

Le travail en groupe est bien différent du travail individuel. Ces deux modalités de travail permettent de proposer différents types d’activités, de se concentrer sur différents besoins et aussi d’introduire une dynamique complètement différente du travail. L’élément qui diffère le plus ces deux modes de travail c’est la possibilité de collaborer lorsqu’on travaille dans un groupe. J’écris „la possibilité” parce que tous les professeurs ne profitent pas de cette occasion. C’est pourquoi, je voudrais vous expliquer pourquoi est-il tellement important de faire collaborer les apprenants et comment le faire.

Imaginons deux salles de classe. Dans la première, les apprenants sont en train d’écouter leur prof qui leur transmet des informations, c’est lui qui est source du savoir et les apprenants ne sont que les récepteurs de ce contenu. Dans la deuxième salle de classe, les apprenants sont en pleine collaboration, ils discutent en faisant des exercices, ils s’entraident, le savoir plane au-dessus de leurs têtes et ils s’en échangent. Ils sont actifs dans le processus de l’apprentissage et le rôle du prof est de surveiller ce réseau et de les aider en cas de difficultés. Réfléchissez maintenant à quel schéma ressemblent vos cours. C’est vrai que dans certains contextes, le premier système est plus facile, surtout quand on a 40 apprenants mais est-ce que cette deuxième structure n’est pas plus naturelle ? C’est exactement ce qu’on fait dans la vie réelle, on échange des informations, on informe les autres, on complète les informations ou explique des choses. Et tout ça, pour atteindre un but : apprendre.

Activité 1 – une simulation pour le niveau B1

J’espère que vous voyez l’idée générale de la collaboration en classe de FLE. Avant de théoriser plus, je voudrais vous montrer comment mettre en place ce système du travail. Prenons une activité pour le niveau B1. Cette activité est une simulation. Téléchargez et imprimez la fiche ci-dessous.

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Déroulement de l’activité :

  1. Les apprenants sont les membres du conseil municipal d’une petite ville qui perd progressivement ses habitants. Mais certains habitants veulent sauver la ville, ils ont donc écrit une lettre au conseil municipal pour l’inciter à agir.
  2. Maintenant, le conseil municipal doit prendre des décisions en listant les problèmes et en proposant des solutions.
  3. Les apprenants travaillent par deux. Distribuez à chaque binôme deux documents : la lettre écrite par les habitants de la ville et la fiche de résolution des problèmes.
  4. Première étape : Chaque binôme lit la lettre, négocie et prépare la liste des problèmes les plus importants à résoudre. Pour cela, il complète la première partie de la fiche.
  5. Ensuite, toujours par deux, ils proposent quelques solutions pour encourager les gens à rester dans cette ville en complétant les amorces proposées dans la deuxième partie de la fiche.
  6. Enfin, chaque binôme présente au conseil municipal ses propositions pour sauver la ville. À chaque présentation, le conseil négocie et vote pour la meilleure proposition que le secrétaire de séance (en fait le prof) prend en note.
  7. À la fin des présentations, on se retrouve avec une liste définitive de propositions.

C’est une bonne illustration de ce que j’ai écrit au début : les apprenants collaborent, c.-à-d. ils travaillent en réseau, il y a beaucoup d’interactions entre eux, ils sont responsables de l’exécution de cette activité et le prof n’est que le secrétaire, il est en retrait mais toujours à portée de main des apprenants. Tout ça provoque un plus grand engagement du côté des apprenants, ils sont conscients que s’ils ne font pas leur partie du travail, personne ne la fera. Cet engagement approfondi augmente aussi l’autonomie et la motivation de l’apprenant.

Activité 2 – le passé composé en A1

Mais collaborer ne signifie pas faire des activités très complexes qui prennent une heure. On peut facilement proposer un exercice très simple et très efficace. Voici un exemple pour le niveau A1 qui sert à réviser le passé composé. Téléchargez et imprimez la fiche ci-dessous.

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Déroulement de l’activité :

  1. Divisez votre classe en équipes de 4 à 5 apprenants. Expliquez-leur qu’ils vont se préparer en équipe à un test. Ensuite, ils vont passer individuellement ce test mais ils recevront une note d’équipe.
  2. Pour préparer ce test, distribuez à chacun une fiche avec plusieurs phrases lacunaires qui ciblent un point de grammaire. Dans notre exemple à télécharger, c’est un exercice sur le passé composé.
  3. Chaque apprenant complète les phrases. Puis, en équipe, les apprenants vérifient leurs réponses. S’ils n’ont pas proposé la même réponse, ils peuvent expliquer leurs choix,  vérifier dans un livre ou sur Internet et discutent jusqu’à ce que tous soient d’accord.
  4. Après cela, distribuez le test à faire individuellement, avec un exercice similaire à celui de la phase de préparation. Chaque apprenant écrit individuellement ses réponses, ensuite pour chaque équipe, faites la moyenne des résultats pour attribuer une note collective.

Dans cette activité, l’élément crucial c’est l’entraide. Les personnes qui comprennent mieux le sujet analysé aident ceux qui ont toujours des difficultés. Les apprenants s’enseignent mutuellement et le prof n’a qu’à guider leur travail. Bien sûr parfois, il doit s’engager plus pour fournir les informations qui manquent.

Quelques conseils

Comme vous voyez, la forme de l’exercice est très simple, je suis sûre que ce n’est rien de nouveau pour vous. Ce qui est nouveau c’est la collaboration qui enrichit un exercice simple et, normalement, automatique.

  • Mais n’oubliez pas que pour que les apprenants s’habituent à ce type de travail, il faut le leur proposer régulièrement, pour qu’ils voient bien son intérêt.
  • Pensez à bien intégrer cette activité dans votre programme. Si vous analysez par exemple les pronoms personnels COD et tout à coup, vous proposez une activité pour vérifier le passé composé, ça ne marchera pas. Les apprenants seront perdus et frustrés surtout que dans l’exercice il n’y a pas d’exemple. N’oubliez pas que pour vous la notion « le passé composé » est clair comme bonjour mais pour les apprenants, surtout ceux des niveaux moins avancés, parfois ça ne dit pas grand-chose.
  • Probablement, vous vous posez la question maintenant « donc pourquoi ne pas donner un exemple ? ». L’exemple dans cette activité n’a pas de sens car chaque phrase teste un autre aspect du passé composé (la négation, le choix entre les verbes auxiliaires être et avoir, l’accord du participe passé, les verbes pronominaux, etc.) pour ne pas le faire de manière automatique mais pour encourager les apprenants à réfléchir et à utiliser la langue consciemment.

D’autres activités

Mais bien-sûr la collaboration peut apparaître là où vous voulez. On peut proposer des jeux pour expliquer des choses (les mots interdits), des jeux de rôles (voyages entre collègues), des cartes mentales de conversation ou des tâches que vous pouvez facilement trouver dans nos vocactifs.

Pour résumer, la collaboration nous donne trois grands axes du développement des compétences. On collabore pour apprendre la langue, pour apprendre à collaborer dans la langue cible et aussi pour développer le savoir-apprendre (comment organiser le temps, distribuer des tâcher, etc.). Ainsi, collaborer n’a pas uniquement une fonction linguistique mais aussi pragmatique.