J’ai l’impression que tous les professeurs de français ont déjà utilisé des photos pendant leurs cours. On peut en trouver dans chaque manuel et cahier d’activités. Mais malheureusement, trop souvent, on ne pose que quelques questions de base, comme « Qu’est-ce que vous voyez sur cette photo ? », « Qu’est-ce que cette personne fait ? » ou « Où cette photo a-t-elle été prise ? »…

Je voudrais vous donner quelques exemples d’utilisation de ce fantastique support pédagogique, qui mérite d’être pressé comme un citron pour en tirer le jus, même s’il faut parfois ajouter un peu de sucre. Grâce aux photos, vous pouvez même construire une séquence complète.

Pourquoi utiliser des photos en cours de FLE ?

D’abord, la photo peut servir à découvrir des aspects grammaticaux et lexicaux en évitant des listes de mots, des explications compliquées ou des traductions. C’est toujours mieux de visualiser le contenu.

Avec les photos, les apprenants sont plus créatifs, ils doivent réfléchir davantage, ce qui fait qu’ils s’impliquent plus dans la tâche qu’ils effectuent.

La photo donne aussi un contexte et peut susciter des émotions (une photo peut plaire, bouleverser, choquer, attrister, faire rire, etc.), donc les apprenants mémorisent mieux, plus et plus rapidement.

Les photos peuvent être interprétées de différentes manières. Chacun a sa vision et son interprétation de ce qu’il voit. C’est un donc un outil stimulant et dynamique pour vos cours.

Où trouver des photos intéressantes ?

Question banale et difficile à la fois. Avec les photos, c’est comme avec les informations, il y en a vraiment beaucoup et on a parfois du mal à trouver ce dont on a vraiment besoin.

Je vous recommande de chercher des photos dans la presse – n’oubliez pas la presse “papier” : le fait de feuilleter un magazine peut vous inspirer beaucoup plus qu’un site Internet ! En feuilletant des journaux ou des magazines, découpez des photos qui vous inspirent et qui peuvent vous servir à aborder différents sujets. N’oubliez pas les unes et les couvertures des magazines ! Ces photos ou images sont conçues pour attirer l’attention des lecteurs : il est fort probable qu’elles intéressent aussi vos apprenants !

Vous pouvez aussi utiliser des photos de grands photographes. Je vous recommande surtout la photographie humaniste dont un des plus célèbres représentants est Robert Doisneau (voilà un site où vous trouverez beaucoup de photos de cet artiste). Ces photos sont le plus souvent en noir et blanc mais ce sont des cadres de vie. Il y a toujours une ou plusieurs personnes qui ont été captées par l’œil du photographe dans une situation qui suscite des émotions et qui donne à penser.

Une autre source de photo, ce sont vos apprenants. Vous pouvez les engager dans la préparation des cours en leur demandant de prendre ou d’apporter quelques photos sur un sujet que vous proposez. Mais ici, je vous suggère d’être attentif. Il faut toujours demander des photos, disons, neutres.

Si vous demandez aux apprenants d’apporter une photo de leurs parents, vous pouvez heurter la sensibilité de quelqu’un dont la situation familiale est difficile ou compliquée. Au lieu de demander cela, vous pouvez leur proposer d’apporter une photo d’une famille trouvée en ligne, de la famille Simpson, d’une famille royale, etc. Laissez-leur le champ libre pour ne pas les stresser !

Comment les utiliser ?

Ici, il n’y a pas qu’une réponse parce que la seule chose qui limite les professeurs, c’est leur imagination. On peut tout faire avec une photo. Je vais proposer quelques activités qui ne sont que des exemples. En lisant cette liste, laissez-vous inspirer, attrapez une idée et creusez-la.

  • Une photo peut constituer un point de départ pour créer un champ lexical : les apprenants peuvent créer une carte mentale avec le vocabulaire concernant le sujet présenté sur la photo. Après, avec ce vocabulaire, on peut faire plein d’activités : rédaction, lettre, discours, débat, publicité, etc.
  • Les élèves peuvent se présenter à l’aide de la photo qui leur correspond le mieux. On peut aussi entrer dans l’univers symbolique (par exemple, une photo de bateau peut symboliser un voyage, l’eau, le changement : chacun peut trouver quelque chose qui peut le caractériser). Cela peut permettre de briser la glace.
  • Les apprenants ont à imaginer tout ce qui se passe avant ou après la prise de la photo ou proposez-leur de contextualiser l’espace où elle a été prise.
  • Avec plusieurs photos, on peut créer une biographie ou une histoire complète. On peut même le faire à plusieurs.
  • Les apprenants peuvent imaginer le profil du photographe : qui est-ce ? Pourquoi a-t-il pris cette photo ? Quelle est sa relation avec cette photo ?, etc.
  • Vous découpez une photo pour en créer un puzzle. Une personne donne oralement des instructions à son partenaire qui bouge les pièces en suivant les instructions pour reconstituer la photo.
  • La comparaison des personnes, des villes, des objets, des situation présentés sur au moins deux photos. Ici, il ne faut pas oublier d’inciter les apprenants à parler des ressemblances aussi bien que des différences.
  • On peut plier une photo et les apprenants devinent ce qui se trouve sur la partie cachée.
  • Les apprenants rédigent des bulles, des dialogues ou des monologues prononcés par les personnages sur la photo (d’après mon expérience je peux dire qu’aux niveaux plus avancés, les bulles peuvent être les plus drôles). (Ça marche aussi avec les tableaux comme on vous l’avait proposé ici.)

Ci-dessus, je vous ai proposé différentes idées qui vous aideront à exploiter des photos en cours. Maintenant, je voudrais vous présenter en détail 3 activités que je trouve particulièrement intéressantes.

  1. La quatrième de couverture (à partir de la fin du niveau A2)

Les apprenants travaillent par deux ou en petits groupes. Chaque groupe a une photo. Expliquez à vos apprenants que cette photo constitue la couverture d’un livre. Les apprenants doivent imaginer de quel livre il s’agit et rédiger la quatrième de couverture. Pour les aider, distribuez-leur la fiche ci-dessous qui va les guider. Après leur travail en collaboration, ils présentent les résultats en forum. Grâce à cette activité, les apprenants peuvent travailler sur le lexique (vocabulaire concernant la littérature), la grammaire (le passé composé, l’imparfait, le plus-que-parfait, le discours rapporté) mais aussi sur la compétence de production écrite et la créativité ! Je suis sûre que vos apprenants auront des idées extraordinaires !

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  1. Et si c’était différent… (dès le niveau A2)

Les apprenants travaillent tous ensemble. Chacun a une photo. Les élèves doivent créer des hypothèses en proposant le changement d’un élément sur la photo. Par exemple : il y a une photo d’une fille avec une glace. Une personne écrit le début de la phrase hypothétique « Si cette fille n’avait pas de glace… » et on passe la photo avec cette phrase à la personne à côté qui doit la terminer « … la fille serait triste. » Pour chaque photo, on imagine trois changements. Avant de proposer cette activité, choisissez bien les photos en vous demandant si vous seriez capable d’imaginer les phrases (si non, vos apprenants n’y arriveront pas non plus). Pour aider vos apprenants, vous pouvez leur distribuer les fiches ci-dessous pour y noter les phrases.

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  1. La description par téléphone (arabe) (à partir de la fin du niveau A1)

Cette activité marche bien si vous n’avez pas beaucoup d’élèves. Vous mettez beaucoup de photos sur la table et vous demandez à tout le monde, à l’exception d’une personne, de sortir de la salle. La personne qui reste (la personne A), choisit une photo et a deux minutes pour bien l’observer. Elle remet la photo sur la table. Vous demandez à une personne (la personne B) de revenir dans la salle. La personne A décrit la photo choisie à la personne B. Puis, une autre personne (la personne C) revient et la personne B lui répète la description qu’elle avait entendue. Après, la C l’explique à la personne suivante, etc. La dernière personne doit identifier la photo choisie par la personne A.
Version alternative : Si vous avez beaucoup d’élèves, vous pouvez les diviser en quelques groupes et donner à chaque groupe plus ou moins 7 photos qui se ressemblent. Une personne observe les photos et en choisit une pour la décrire ensuite à ses partenaires. Les autres doivent identifier la photo décrite. Ainsi, vous pouvez pratiquer la description et donc les adjectifs, les prépositions de lieu, les sentiments, etc.

Chaque activité peut être orientée sur un aspect grammatical (les temps du passé, le conditionnel, la comparaison, le discours rapporté, l’accord des adjectifs, etc.). C’est un exercice que nous faisons souvent avec les Zexperts : associez deux éléments improbables pour imaginer des activités : comment faire pratiquer l’impératif avec une photo, le futur avec une vidéo… parfois on arrive à des choses super, parfois ça n’aboutit pas, et c’est normal !

 

Je vous encourage à créer votre banque de photos, à les utiliser pendant vos leçons et aussi à proposer vos idées dans les commentaires. Je compte sur vous !


Dorota

Je suis prof de français dans une école à Varsovie. J’y teste mes nouvelles idées et méthodes d'enseignement. J’adore encourager mes apprenants à parler en créant une ambiance favorable aux échanges.

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