Il y a quelque temps, je vous avais parlé d’une activité qui permettait de s’emparer des livres en français de la bibliothèque de votre établissement. Aujourd’hui, je vous propose un petit atelier d’écriture pour entrer dans d’autres livres et en détourner le contenu : c’est du caviardage et c’est un chouette moyen de s’amuser en production écrite.

Cette fois, on ne va pas direction la bibliothèque (sauf si elle fait un grand tri et donne des bouquins) parce qu’il faut plutôt des livres dont arracher les pages ne vous pose pas problème. Oui, je sais, dit comme ça, un frisson d’horreur a sûrement parcouru l’échine d’un certain nombre d’entre vous, “déchirer un livre, ça va pas la tête ?!”, et j’admets tout à fait la difficulté de la chose. De mon côté, j’utilise des livres que je trouve dans la rue, à côté des poubelles (et donc qui vont être détruits de toute façon), ou bien que j’achète à 10 cents chez des bouquinistes dans la collection Harlequin (collection à modifier en fonction de vos apprenant.e.s). Vous pouvez aussi utiliser des articles de journaux, qui sont voués à disparaître, voire des photocopies d’articles (ou de pages de romans), c’est d’ailleurs toujours très intéressant de voir les différentes versions créées à partir d’un même texte. Bref, en gros, il vous faut du texte, et du texte pas forcément intéressant, puisque l’idée, c’est de se servir de cette base pour créer quelque chose de plus passionnant, drôle, émouvant, questionnant ou tout autre adjectif à connotation positive ;-)

Le caviardage, qu’est-ce que c’est ?

Vous avez peut-être vu passer cette image récemment sur les réseaux sociaux :

Source : https://pbs.twimg.com/media/CoJRcVmXEAA34pR.jpg

Source : https://pbs.twimg.com/media/CoJRcVmXEAA34pR.jpg

Eh bien, le caviardage, c’est le contraire. On ne rajoute pas des lettres/des mots à un texte comme c’est le cas sur cette photo, mais on en enlève, on efface d’un texte tout ce qui ne nous intéresse pas pour laisser apparaître un message inédit. C’était à la base une technique de censure employée en Russie sous le tsar Nicolas 1er, c’est devenu une technique artistique qu’emploient des artistes comme par exemple Lucien Suel, poète, dans ses poèmes-express.

Le caviardage, comment on fait ?

Cette activité peut évidemment avoir lieu dans le cadre d’une séquence sur les médias et la liberté d’expression, mais vous pouvez aussi l’utiliser à peu près n’importe quand, en invitant les apprenant.e.s à réaliser un caviardage sur le thème que vous êtes en train de traiter, ou en les laissant tout à fait libres. C’est le genre d’activités qui fonctionnent bien pour les apprenant.e.s qui “ne savent pas quoi écrire” : ici, on n’a rien à écrire, on a déjà le texte sous les yeux !

Je commence par montrer un exemple de caviardage (de Lucien Suel) et à demander aux apprenant.e.s s’ils.elles peuvent imaginer l’étymologie du mot.

Poème Express 0545, Lucien Suel

Poème Express 0545, Lucien Suel

Puis, je leur distribue (ou je leur laisse choisir) une page chacun.e.

Je les encourage à lire plusieurs fois la page (si c’est une page arrachée à un livre, à en lire les deux côtés, et à choisir celui qui les “inspire” le plus), jusqu’à ce qu’un terme ou une expression les “accroche”, puis, à bâtir leur(s) phrase(s) à partir de ça.

Les “bases” :

– on n’a pas besoin de TOUT comprendre du texte (si on veut faire une activité de lecture/compréhension écrite, il y a plutôt les livres en français des Zexperts) ;
– on n’a pas le droit de rajouter quoi que ce soit au texte ;
– les mots sont lus dans l’ordre, de haut en bas et de gauche à droite ;
– le texte tient sur une page (pas de recto-verso car difficile à lire avec le marqueur qui transperce le papier) ;
– la grammaire et l’orthographe doivent être respectées (on attire l’attention sur la nécessité des accords en genre et en nombre…).

Je leur conseille de toujours préparer leur caviardage au crayon à papier, parce que quand on commence à biffer, on a du mal à s’arrêter, et je ne compte plus les fois où on entend “noooon” dans la salle parce que quelqu’un a barré un mot dont il.elle avait besoin ;-) Donc, les apprenant.e.s mettent des crochets autour des mots et expressions qu’ils.elles veulent garder, je jette un oeil pour vérifier que ça fonctionne (en termes d’accords grammaticaux par exemple), et puis ils.elles passent à la partie jouissive de l’exercice, se débarrasser au marqueur (ou au bic) de tout ce dont ils.elles ne veulent plus ! Pour info, les caviardages qui fonctionnent le mieux sont souvent ceux qui gardent au final assez peu du texte original (une ou deux phrases). Il ne faut pas hésiter à se défaire du texte.

Je les invite ensuite à trouver un titre qui éclaire souvent le sens du caviardage, et à réécrire le texte en le ponctuant à leur guise. Une photo pour la postérité, et voilà !

On peut enfin, si on le souhaite, faire faire une production écrite (à la maison) plus classique à partir du résultat du caviardage, les phrases créées servant de “trame” ou de “démarreur” d’un récit !

Je termine par trois exemples de caviardages à partir de Dynasty, un livre d’Eileen Lottman, pour vous montrer que ça peut marcher avec des sujets divers et variés :

Et vous, ça vous vend du rêve ?

Et vous, ça vous vend du rêve ?

– La politique

Présidentielles 2017

Présidentielles 2017

Présidentielles 2017

En poursuivant son ascension,
elle se dit que c’était maintenant
ou jamais
elle était déjà loin.

Lentement,
elle dirigeait le quartier.

Elle était
ici pour y rester.

En tenir compte,
froidement.

*

– La santé

Campagne anti-tabac

Campagne anti-tabac

L’appartement
restait avec
les cendriers pleins
Elle éprouvait le besoin de voir clair dans ses pensées
Une excellente thérapie,
tant pis pour le rouge à lèvres !

Son visage impassible
commençait à prendre des teintes orange.

*

– L’enseignement

Salle des profs en fin de session

Salle des profs en fin de session ;-)

Elle s’habilla, descendit et traversa le bureau.
– Bonjour.
– Bonjour. J’aimerais assez de temps pour aller déjeuner tranquillement
mais les feuilles commencent déjà à sortir.
Avec un pincement au coeur :
– J’ai à faire ici.
– Tu veux que je t’attende ?
– Non.

Bon amusement à tou.te.s, et ne vous censurez pas dans les commentaires, dites-nous comment ça s’est passé ! :)


Amélie Charcosset

Après avoir travaillé en France, en Irlande, en Slovénie et au Kirghizstan, j'ai posé mon sac à dos en Belgique où j'ai la chance de pouvoir exercer deux boulots-passions : prof de FLE & animatrice d'ateliers d'écriture, voire de mélanger les deux, en faisant écrire mes apprenant.e.s ! Une autre façon de s'approprier la langue ! Je m'intéresse aussi à l'interdisciplinarité, au jeu et à l'art en général comme vecteur d'émancipation (des apprenant.e.s comme des enseignant.e.s ;)). https://leszexpertsfle.com/etiquette-produit/amelie/

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