Pas si simple de faire parler un apprenant de français. A partir d’un bon niveau A2, et encore plus au niveau B1, des conversations relativement spontanées sont possibles. Mais voilà, pour parler, il faut avoir quelque chose à dire. Et nous avons tous fait face à un moment ou à un autre à cet apprenant qui hausse les épaules et dit en toute honnêteté “je ne sais pas” ou “je n’ai rien à dire”.
Petite précision, on ne va pas parler ici de tâches ou de projets, qui sont pourtant des outils extrêmement efficaces pour faire parles les apprenants. Je me concentre sur les “conversations”, celles où on amène un sujet et où les apprenants discutent avec le prof.
Je vous propose donc une petite méthode, pas infaillible, mais qui marche bien et vous permettra de ne pas réinventer l’eau chaude à chaque cours. Chez les Zexperts, nous appelons cela les “parler de“. Cette méthode a donné naissance, entre autres, aux discussions authentiques qui sont des “parler de” clé en main.
Les étapes à suivre
- Partez d’un document que vos étudiants auront lu avant le cours ou d’une vidéo ou extrait audio.
- Vérifiez en quelques échanges qu’ils ont compris de quoi parle le document. Vous pouvez le faire avec des questions pré établies ou simplement en discutant.
- Posez sur la table des affirmations (plutôt que des questions) liées au sujet, sans les organiser. Chaque affirmation est inscrite sur une papier (j’aime prendre une demi-feuille A4 pour écrire gros).
- Demandez aux élèves, en binômes de discuter de ce qui les fait réagir (“je suis d’accord avec ça, pas d’accord avec ça, cette affirmation pose tel problème, celle-ci et celle-là sont contradictoires…”) Attention, il est souvent nécessaire de fixer un objectif aux apprenants, pour les aider à se lancer : “trouvez vos points d’accord ou vos points de désaccord” fonctionne presque à tous les coups.
- Faîtes un bilan en forum si vous le souhaitez.
C’est à mon avis une méthode qui marche bien dans de petits groupes, et très très bien en cours individuel. En effet, si l’apprenant converse avec vous, vous pouvez facilement le provoquer, l’amener à se contredire, le pousser plus loin dans sa réflexion.
Exemple commenté avec un groupe de niveau B1
J’ai choisi l’article suivant de France Info : Tourisme spatial : deux entreprises américaines vont proposer un voyage en ballon. Sujet idéal car vous disposez d’un texte écrit, d’un document audio, et de nombreux documents complémentaires sur Internet. J’ai donc donné à mes étudiants ce sujet à étudier à la maison. Ils ont lu et écouté, pas creusé.
Au début du cours, j’ai demandé à l’étudiante qui s’exprime le moins les éléments de ce texte qui lui paraissaient les plus importants. Puis chacun a pu rajouter des éléments. Peu à peu, le gros du sujet était posé. Les étudiants ont globalement corrigé eux-mêmes leurs incompréhensions ou oublis respectifs. Moi, pendant ce temps là, je me tournais les pouces (c’est à dire que je ne faisais qu’émettre un petit bruit de gorge quand j’entendais une faute, et dire oui oui super quand ils donnaient de bons éléments). ;)
Puis, j’ai posé (je les avais recopiées à la main, et je les ai posées une par une en les énonçant) sur la table les affirmations suivantes.
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J’ai d’abord proposé aux apprenants d’échanger en binômes pour trouver deux affirmations avec lesquelles ils sont tous les deux d’accord, et deux avec lesquelles ils ne sont tous les deux pas d’accord. Arrive ensuite ma partie préférée : l’avocat du diable.
En forum, je m’acharne à montrer aux étudiants qu’ils ne sont pas d’accord entre eux et que leurs positions sont incohérentes. (Attention, cette partie peut être très délicate sur d’autres sujets. Là, le sujet n’est ni politique ni moral, donc les risques de dérapage sont limités.) L’objectif n’est pas que je parle longtemps, mais de les amener à préciser leur position. Et c’est tout. A vous de tester. L’étape clé étant de bien sélectionner les affirmations que vous posez sur la table. Si vous frappez juste, les élèves parleront.
PRO-TIPS :
- Comme vous le voyez, je vous fournis une ressource prête à l’emploi, bien mise en page, que vous pouvez distribuer à chaque apprenant. Mais… vous obtiendrez réellement un meilleur engagement en recopiant vous même ces phrases sur des feuilles A4 (ou des demi-feuilles) avec un gros marqueur. Cela vous donnera un côté “je l’ai fait moi-même” que les apprenants adorent, et ils pourront en plus manipuler les phrases, les déplacer, les retourner, les prendre en main temporairement.
- Jouez sur l‘aspect un peu théâtral en posant les phrases sur la table une par une en les énonçant à haute voix.
- Si vous voulez créer vos propres activités de conversation, choisissez des affirmations qui partent un peu dans tous les sens. Différents étudiants réagiront sur différents points, et c’est très bien. Cela amène des conversations tout à fait similaires à ce qu’on trouve dans la vie quotidienne.
- Notez bien qu’il ne s’agit pas de prendre les affirmations dans l’ordre, mais de partir de ce qui fait réagir. C’est pourquoi certaines affirmations doivent être caricaturales, voire provocantes.
- plus vous aurez réussi à construire une atmosphère d’échange, où la prise de risque est valorisée et les erreurs corrigées sans stigmatiser l’apprenant, plus ils parleront facilement.
Et bien sûr, si vous le souhaitez, nous avons de nombreuses fiches prêtes à l’emploi avec documents authentiques, lexique, questions de compréhension et affirmations à discuter. C’est clé en main, mais n’oubliez pas mon conseil : recopiez les affirmations au marqueur sur des papiers ;) Bons cours !











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