Cet article accompagne une vidéo d’Espace Formations FLE, un espace de formation continue pour profs de FLE animé par Les Zexperts FLE et l’Institut Français de Pologne.

Comment pratiquer la grammaire de manière inductive ?

La grammaire

Dans l’apprentissage et l’enseignement des langues, profs et apprenants accordent souvent beaucoup de place à la grammaire. Combien d’apprenants m’ont dit « Je parle, mais je ne connais pas les règles », ou « J’ai besoin de faire plus de grammaire » ?

C’est vrai que la grammaire est très importante,  mais n’est-il pas possible de communiquer efficacement sans la connaissance du subjonctif ou du pronom relatif « dont » ? La grammaire est évidemment un outil important, mais pas la condition sine qua non de la communication.

Chez les Zexperts, nous insistons beaucoup sur cette communication. C’est ce que nous avons voulu montrer dans cette vidéo en présentant deux ressources. A chaque fois, c’est la communication qui est mise en avant, malgré un objectif grammatical évident.

Approche déductive et inductive – quelle différence ?

En contexte scolaire, les nombreuses contraintes (classes nombreuses, manuel, programme…) imposent souvent une approche déductive de la grammaire. Nous écrivons au tableau en lettres majuscules le nom du sujet que nous allons analyser, nous expliquons les règles, proposons des exemples et ensuite nous passons aux exercices. Si le temps le permet, on passe à la production orale et/ou écrite. En travaillant de cette manière, l’apprenant ne se concentre que sur la théorie, sur l’aspect structurel de la langue. Dans ce processus cognitif, il reste passif, tout le travail est fait par le prof et le seul effort de la part de l’apprenant c’est la mémorisations des règles qui sont présentées de façon explicite sans espace pour réfléchir.

Parfois, on pense travailler de manière inductive en inversant l’ordre des éléments analysés : on donne aux apprenants des exemples à observer, les apprenants y cherchent des règles et ensuite ils font des exercices et terminent par la production. Dans la vidéo, nous avons nommé cette approche „pseudo-inductive” : en réalité, le temps consacré à l’observation des exemples est souvent très court, et on passe tout de suite à la règle. Au final, il y a alors peu de différence entre l’approche inductive et l’approche déductive.

Le vrai travail de manière inductive commence par la pratique de la langue qui permettra à l’apprenant d’observer et d’analyser un corpus d’exemples et de découvrir les règles seul ou avec d’autres apprenants. L’apprenant est tout le temps actif, il doit mobiliser différentes stratégies d’apprentissage et il doit se référer aux compétences déjà acquises pour affronter un nouveau défi linguistique.

Activité 1 – les articles indéfinis en A1

Pour illustrer ces aspects théoriques, prenons un exemple : c’est une activité pour le niveau A1 sur les articles indéfinis dont la fiche pédagogique se trouve ci-dessous :

  1. Les apprenants travaillent en petits groupes.
  2. Vous découpez les cartes représentant des objets et leurs noms que vous avez téléchargé. Et ensuite, vous distribuez les cartes aux apprenants.
  3. Posez sur la table la page avec les photos de deux personnes très différentes. Pour réchauffer les apprenants, vous pouvez leur poser quelques questions sur ces personnes « Quel âge ont-ils ?”
  4. Les apprenants vont associer chaque objet qu’ils ont en main (les cartes) avec une de ces deux personnes en répondant à la question “Qu’est-ce qu’il a ?” (p.ex. Il a un mouton, des baskets, des chaussures, des livres de philosophie)
  5. Ensuite, quand les apprenants ont associé tous les objets aux deux profils, distribuez à chaque apprenant la page avec la règle et demandez aux apprenant de la compléter en observant les noms sur les cartes et les articles indéfinis.
  6. Enfin, passez à la phase de la pratique de la langue (c’est une étape cruciale) – les apprenants vont se questionner à tour de rôle, par deux, pour trouver une personne qui a au moins 5 objets en commun avec eux.

En faisant cette activité, ils s’amusent mais avant tout, ils utilisent les articles indéfinis sans avoir eu l’impression de faire de la grammaire. Les apprenants utilisent donc en permanence ce qu’ils ont appris, et renforcent ainsi leurs connaissances.

Cliquez ci-dessous pour regarder l’intégralité de la « classe filmée » :

L’activité – l’alternance PC/Imp en A2

On peut bien sûr appliquer cette démarche de différentes manières et à différents niveaux. Voici une ressource qui nous permet de travailler l’opposition entre le passé composé et l’imparfait.

reve
  1. Pour contextualiser ce travail, les apprenants regardent la vidéo et répondent aux questions sur les rêves. Dans la vidéo, on ne trouvera pas de contenu grammatical mais elle déterminera le sens aux activités proposées. Et pourquoi est-ce que le contexte est important ? Pour créer un milieu naturel pour la structure enseignée. Il ne faut pas l’utiliser à tout prix, il faut que ça soit naturel.
  2. Faites observer aux apprenants un rêve : l’alternance du passé composé/imparfait dont le corpus est lié à un sens/une fonction.
  3. Les apprenants soulignent les verbes qui sont à l’imparfait (qu’ils connaissent déjà) et ils observent la fonction de ce temps pour découvrir l’alternance du passé composé/imparfait.
  4. Laissez du temps aux apprenants pour réfléchir et s’interroger sur l’alternance de ces deux temps (ils peuvent le faire dans leur langue). Ils proposent des réponses en groupe.
  5. Ensuite, sur le modèle de ce rêve, demandez aux apprenants, par deux, de faire de même : imaginer un rêve en utilisant les éléments de l’activité 4 : une personne au choix ; 3 mots/éléments à placer dans le rêve, des amorces du récit du rêve à compléter.

Dans cette activité, le moment important est le travail en groupe. On n’est pas centré sur l’apprenant mais sur le groupe. La coopération est cruciale parce qu’en travaillant de manière collaborative les apprenants co-construisent leur savoir. Les apprenants s’entraident, ceux qui sont plus « forts » peuvent expliquer certains éléments à ceux qui ont besoin de plus de temps pour réfléchir. Ainsi, ce n’est pas le prof qui est la source de leur savoir mais les apprenants eux-mêmes. Dans cette situation, votre rôle est d’accompagner les apprenants pour les aider à atteindre leur but.

Cliquez ci-dessous pour regarder l’intégralité de la « classe filmée » :

D’autres activités

Sur le blog vous trouverez beaucoup d’autres propositions pour introduire ou pratiquer la grammaire. On peut le faire en observant une vidéo authentique ou une BD,  en jouant ou en discutant. Dans la boutique vous trouverez aussi deux gammes de produits : Grammaludiques et Grammafiches qui sont aussi basée sur l’idée de communiquer pour apprendre la grammaire. Vous pouvez lire ici quelques remarques de Benoit sur la pratique de la grammaire en utilisant un document authentique.

Quelques conseils

Et voici quelques conseils comment appliquer cette manière de travail.

  • Donnez le maximum de temps à l’exposition à la langue et à la pratique. Ne passez pas trop vite à la conceptualisation.
  • Vous, en tant que prof, soyez présent et actif mais pas trop, c’est le groupe qui construit le savoir.
  • Observez votre groupe tout au long de leur apprentissage pour savoir quels corpus et quelles activités ne leur poseront pas de problème. Il est important d’adapter le niveau du document déclencheur, soit authentique soit didactisé, pour que le travail individuel ne soit pas trop difficile.
  • Au début, ce type de travail peut poser quelques problèmes aux apprenants mais si vous le leur proposer de manière systématique, ils s’y retrouveront très vite.

Bon cours et n’hésitez pas à nous laisser des commentaires avec vos idées, vos remarques et vos retours d’expérience avec ces activités.