Cet article accompagne une vidéo d’Espace Formations FLE, un espace de formation continue pour profs de FLE animé par Les Zexperts FLE et l’Institut Français de Pologne.

Comment faire parler de l’actualité en classe ?

En parlant avec mes nouveaux apprenants, soit au début du semestre, soit pendant les tests de placement, je pose cette question : „Pourquoi vous vous êtes décidé à participer au cours ?” et j’entends toujours des réponses du même type : “Je veux parler avec mes amis étrangers”, “Je veux communiquer pendant les vacances” ou “Je dois communiquer avec mes partenaires professionnels”.

La communication est donc toujours en première position parmi les motivations de mes apprenants. Mais si on veut parler, on doit avoir un sujet de conversation. Bien-sûr, très souvent, on parle de l’écologie, de notre ville, de l’expérience professionnelle, du chat de la voisine… mais combien de fois peut-on poser les mêmes questions ? C’est fatiguant pour nous. Pour les apprenants aussi, si on ne parle que des sujets proposés par les manuels ou le programme, nous restons enfermés dans la même thématique et dans le même lexique.

C’est pourquoi, je voudrais vous montrer comment parler de tout grâce aux actualités.

Les actualités – pourquoi les utiliser ?

D’abord, je voudrais vous dire pourquoi les actualités sont une source d’inspiration fantastique pour faire parler les apprenants.

  • L’actualité est un des sujets les plus discutés dans la vie courante, entre amis par exemple, donc échanger sur des actualités c’est entrer dans un schéma de communication réelle. Imaginez une soirée entre amis, très souvent vous parlez de ce qui se passe dans la politique, l’art, le sport, l’économie, etc. Vous n’y pensez pas mais ce sont les sujets de vos conversations.
  • C’est un moyen pour travailler la compréhension orale et écrite, avec beaucoup de documents authentiques facilement disponibles qui peuvent servir de support. On peut travailler sur un article de presse, un reportage vidéo, une émission de radio. A l’heure actuelle, sur Internet, on a de tout à portée de main.
  • On développe différents savoir-faire : exprimer son opinion, son désaccord, nuancer ses propos, etc. On commence par une simple conversation mais on peut passer très vite à une discussion ou même à un débat.
  • On aborde le lexique quotidien mais aussi spécialisé. Les actualités offrent une grande panoplie de sujets. On peut parler des anomalies météorologiques ou des fraudes fiscales. Tout dépend du niveau de nos apprenants et du lexique qu’on veut leur proposer et développer.
  • Grâce aux actualités, les apprenants seront au courant de ce qui se passe en France et dans le monde. Ils pourront le comparer avec ce qui se passe dans leur pays respectifs. Je peux observer qu’actuellement, il y a tellement d’informations disponibles que les gens ne sont au courant que d’une petite partie des événements, surtout de ceux qui les intéressent personnellement. Aborder des actualités en classe leur donne la possibilité d’élargir leurs horizons et de sortir de leur zone de confort informative.
  • Les actualités motivent les apprenants par leurs contenus intéressants. On peut proposer énormément de sujets, les insolites comme les sérieux, c’est beaucoup plus stimulant que les mêmes sujets répétés pendant chaque leçon de langue étrangère.

Exemple à partir du niveau A1 : parler de l’art

Dans cet article, je voudrais vous montrer qu’on peut utiliser des actualités dès le niveau A1. Mais cela nécessite une bonne préparation pour que l’actualité choisie soit adaptée à notre public. On peut le faire en choisissant un document support facile à comprendre, en donnant les structures nécessaires à la compréhension de ce document et à la discussion, en introduisant le contexte, etc.

Voici un exemple d’une séquence qui a été construite sur un fait divers artistique et dont le point de départ est un document vidéo présentant une actualité : la performance de l’artiste Abraham Poincheval qui est resté assis sur des œufs pendant 26 jours, jusqu’à leur éclosion ! Télécharger d’abord la fiche ci-dessous

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Le déroulement de l’activité :

  1. Pour introduire le sujet, on demande aux apprenants quels arts ils aiment ou détestent et pourquoi.
  2. Ensuite, ils regardent la vidéo deux fois et réalisent  les activités de compréhension (il faut sélectionner les éléments vus et lus, associer les illustrations avec ces mots et décider si les affirmations proposées sont vraies ou fausses.)
  3. Puis vient un temps d’échange par deux ou en groupe : est-ce que les œuvres présentées dans la vidéo sont de l’art ? Pourquoi ? Le lexique nécessaire  pour exprimer son opinion est fourni.  A ce niveau, il faut vraiment donner un maximum d’outils linguistiques à l’apprenant pour qu’il se sente en sécurité et veuille bien parler. Si c’est la première fois que vous proposez à vos apprenants A1 de parler d’actualité, ils risquent d’être un peu effrayés. C’est donc à vous de dédramatiser, de leur montrer que c’est facile, qu’ils ont tous les outils sous les yeux et que c’est déjà possible de dire des choses intéressantes avec les compétences qui sont les leurs.
  4. Pour prolonger les échanges, les apprenants vont de nouveau répondre à la question « Est-ce que c’est de l’art ? » pour différentes propositions plus ou moins  bizarres, par exemple “Chanter sous la douche” ou “Être assis derrière le canapé”. Invitez-les à réutiliser l’encadré avec le vocabulaire pour donner leur opinion.
  5. Pour terminer, les apprenants doivent individuellement associer une amorce à des fins de phrases pour donner leur avis sur le rôle de l’art et préciser leurs préférences (Pour moi, l’art sert à s’amuser…J’aime la sculpture…Je déteste le cinéma…). Ainsi, on travaille le lexique de  l’art, on introduit l’expression de l’opinion et on révise l’expression des goûts.

Exemple en A2 : la méthode du “parler de…”

Et voici un exemple pour le niveau A2 : “Les bouchers-charcutiers ont peur des vegans”. Téléchargez la fiche ci-dessous.

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Le déroulement de l’activité:

  1. Donnez aux apprenants un résumé simplifié de l’article sur les bouchers-charcutiers (si vous travailler avec les niveaux plus avancés, vous pouvez leur donner l’article original)
  2. Vérifiez en quelques échanges qu’ils ont compris de quoi parle le document et ensuite utilisez les affirmations à commenter que vous posez bien visiblement sur la table.
  3. Demandez aux apprenants, seuls ou en petits groupes, de choisir, à tour de rôle, une affirmation, de la lire et d’y réagir de manière plus ou moins détaillée en fonction du niveau. Encouragez les autres à intervenir de manière spontanée pour rebondir sur ce qui a été dit.
  4. Ensuite, vous pouvez analyser tous ensemble quels points ont suscité la discussion et pourquoi.
  5. On peut fixer un objectif aux apprenants, pour les aider à se lancer, par exemple, trouver les points d’accord ou les points de désaccord.

C’est une activité du type „Parler de…”. Le concept de cette activité est de donner une idée toute prête à l’apprenant à laquelle il doit réagir pour se concentrer uniquement sur le défi linguistique.

Comme vous le voyez bien, on donne aux apprenants une sorte de “trame” pour le débat car toutes les idées sont fournies et l’apprenant n’a plus qu’à se positionner par rapport à telle ou telle affirmation pour dire ce qu’il pense. Les affirmations proposées sont parfois caricaturales, souvent très orientées pour susciter une réaction chez l’apprenant. Il peut aussi réemployer le lexique présent dans les affirmations pour construire plus facilement son discours.

Plus d’idées

Et voici quelques idées concernant le travail avec les actualités.

  • On peut proposer un travail en autonomie en demandant à un ou à des apprenants de préparer la présentation d’un article en classe : chercher des articles à la maison sur des sites Internet français. L’apprenant à un contact supplémentaire avec la langue. Il ne faut pas oublier de bien indiquer aux apprenants où chercher (sites d’infos, portail d’actu…).
  • La proposition ci-dessus peut constituer un rituel qui marche à tous les coups : à chaque cours, un étudiant différent présente une info ou une revue de presse.
  • On peut aussi donner un article à lire à la maison. Préparez (ou non) la liste des mots difficiles. Donnez une série de questions de compréhension et des questions de débat (pour se préparer à la maison, pour les petits niveaux).
  • En classe, on peut donner un document déclencheur : un texte court ou un document audio/vidéo. S’assurer de la compréhension générale du texte avec quelques questions de compréhension. Attention, il n’est pas nécessaire de comprendre chaque mot – il faut comprendre le sens pour que la communication soit efficace.
  • Pour favoriser l’autonomie des apprenants, on peut leur demander de préparer par deux des questions de compréhension à poser au groupe.
  • Mais il n’est pas nécessaire d’imposer toujours des sujets d’actualité en laissant le choix aux apprenants. Ils peuvent choisir ce qui est le plus important pour eux. Ainsi, les apprenants peuvent parler exactement de ce qui les intéresse le plus.
  • Pour être plus créatif, on peut donner aux apprenants des titres de presse, ou des photos qui illustrent des actualités en leur demandant d’imaginer l’actualité présentée. Avec cette activité, on peut travailler la production orale ou écrite.
  • Si on ne veut travailler que le lexique, une bonne idée est de donner un article lacunaire (texte à trous) à compléter. Pour les niveaux plus avancés, vous ne donnez que le texte et pour faciliter la tâche pour les apprenants moins avancés, donnez la liste des mots que les apprenants doivent utiliser.

Quelques conseils

  • Choisissez des sujets qui vont intéresser les apprenants et qui vont prêter à la discussion en vous posant différentes questions : Quels sont leurs centres d’intérêts ? Quels problèmes rencontrent-ils dans leur vie ? Quelles actualités peuvent les surprendre/ les émouvoir / les questionner ?
  • Attention aux sujets trop polémiques. Il faut bien sonder le groupe pour ne pas provoquer des discussions trop agressives. C’est à vous de sentir cette frontière de la sécurité.
  • Ne proposez pas les sujets controversés au début de votre cours quand les apprenants ne se connaissent pas encore bien et ils ont peur d’exprimer leurs opinions.
  • Imposez une atmosphère de respect et d’écoute pour que chacun sente qu’il a un espace pour s’exprimer. Il est important que les apprenants aient conscience que pour bien parler il faut savoir écouter. Vous jouez aussi le rôle d’un médiateur et d’un psychologue. Ça dépend de vous si vos apprenants n’ont pas peur de prendre la parole.
  • Pour stimuler les apprenants, n’hésitez pas à relier l’actualité avec leur vie concrète : “Si tu étais dans cette situation…”, “Si dans ton pays, on votait telle loi…”, “Est-ce que ce phénomène existe dans ton pays ?”. Une question bien posée peut sauver chaque discussion pas trop animée. N’utilisez la question « Qu’est-ce que vous en pensez ? » qu’au tout début de la discussion, pour voir comment les apprenants réagissent. Par la suite, cette question trop générale risque de ne plus rien donner d’autre que “je suis d’accord avec Serge”. Vos questions doivent être pertinentes et parfois choquantes pour être plus stimulantes.

Pour aller plus loin :

Voici d’autres propositions des ressources grâce auxquelles vous pourrez aborder des actualités :

Les actualités sont une source d’activités inépuisable ! Amusez-vous bien en choisissant des actu et laissez des commentaires avec vos idées et remarques. À bientôt !